«Sur la scène du Grand Théâtre bellement décorée de palmiers et de dahlias, entre les représentants de l’Etat et de la Ville ont pris place MM. les conseillers fédéraux [Giuseppe] Motta [chef du Département politique] et [Edmund] Schulthess [chef du Département de l’économie] et les éminents orateurs qui vont inaugurer le nouvel institut et en souligner l’importance.

M. le président du Conseil d’Etat [Antoine] Bron ouvre la séance. Il fait des vœux pour que l’Institut des hautes études internationales devienne un laboratoire pour la recherche de la vérité scientifique, toute proche, disait Henri Poincaré, de la vérité morale. […]

M. Paul Mantoux, directeur de l’Institut, expose l’objet de l’Institut: offrir aux étudiants déjà formés la possibilité d’un travail personnel en utilisant les ressources qu’offre le siège de la [Société des nations] – et son organisation: il y aura un petit groupe de professeurs permanents, des professeurs temporaires, qui seront des hommes jouissant d’une très grande autorité personnelle. M. Mantoux parle des relations entre l’Institut et les grandes institutions internationales de Genève et de ses rapports avec l’Université.

M. le sénateur [Louis] de Brouckère (Belgique) remplaçant et excusant M. [Emile] Vandervelde, [le ministre des Affaires étrangères], parle, en un beau discours, de la création d’un droit nouveau, qui «naît dans la douleur», qu’on appellera le droit de Genève. Ce droit ne pourra naître que si se développe l’«esprit de Genève». Or, une opinion publique n’est pas possible sans ces grands foyers de lumière: les universités. Ce soir, c’est la naissance de la première université de la S. d. N. et c’est un grand jour que M. de Brouckère salue.

Sir Cecil Hurst, premier conseiller juridique du Ministère des affaires étrangères de l’Empire britannique, apporte le salut de sir Austen Chamberlain, [le ministre des Affaires étrangères] . Il est heureux que Genève ait été choisie comme siège de l’Institut, car à Genève on peut apprendre ce qu’on n’apprend pas ailleurs, ce que donne le contact avec les réalités internationales. Pour que la confiance naisse, rien ne vaut le contact avec les autres peuples. […]

M. [Louis] Loucheur (France), en une spirituelle causerie, évoque les impressions du futur étudiant de l’Institut. Il assistera aux travaux considérables de la S. d. N., à ces efforts qui se font sous le signe de la conciliation. A la S. d. N. on fait non seulement des humanités, mais de l’humanité! L’étudiant, guidé par ses maîtres, comprendra cet énorme travail et pourra servir la grande œuvre de la paix. […]

M. Motta, président de la Confédération, excuse tout d’abord M. [Vittorio] Scialoja [le représentant italien à la SdN], indisposé. Il remercie, au nom de la délégation suisse, les orateurs précédents et, au nom du Conseil fédéral, salue le nouvel Institut. Il remercie encore M. André Oltramare [conseiller d’Etat chargé du DIP] et surtout M. [William] Rappard, recteur de l’Université, dont les efforts ont grandement contribué à la fondation de l’Institut. La tâche de cette école sera de soumettre les problèmes politiques à la recherche scientifique. Le caractère genevois, fait d’esprit critique, est favorable à cette recherche; il n’y a pas de vérité sans indépendance, ni de liberté sans esprit critique.

M. Bron remercie et invite les assistants à se rendre au foyer, où une réception brillante et animée les retenait encore quand les journalistes s’en allèrent à leur travail. »

« A la S. d. N. on fait non seulement des humanités, mais de l’humanité! L’étudiant comprendra cet énorme travail et pourra servir la grande œuvre de la paix »

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