Les Allières, première victime du CEVA. Au grand dam des défenseurs locaux du patrimoine, ce secteur genevois, à proximité de la future gare des Eaux-Vives, est au cœur d’un plan localisé de quartier (ou PLQ) stratégique. Quatre cents logements sont prévus dans une série d’immeubles, dans cette zone promise à un fort développement dans les années à venir. Les travaux ont commencé lundi sur les sept parcelles concernées par ce projet, dont l’une est détenue par la ville de Genève.

Criant au massacre, les groupes Sauvegarde Genève et SOS Patrimoine contre l’enlaidissement de Genève font front commun. «Nous suivons ce dossier depuis 2017, a rappelé Leïla el-Wakil, de SOS Patrimoine, vendredi lors d’une conférence de presse. Nous avons utilisé tous les ressorts administratifs et juridiques, mais n’avons pas réussi à obtenir l’annulation de ce PLQ. Pourtant, la valeur patrimoniale du quartier a été confirmée par la Commission des monuments, de la nature et des sites (CMNS).»

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Sauvegarde de la biodiversité

«Les quatre maisons 1900 disséminées dans le secteur seront entièrement rasées, emportant avec elles un bout de notre histoire, regrette Jean Hertzschuch, de Sauvegarde Genève. Les 22 hectares de verdure céderont leur place à des dalles de béton.» Une vingtaine d’arbres centenaires seront abattus pour construire ces nouveaux logements.

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Constat amer: il est trop tard pour une partie de ces arbres, qui sont déjà à terre. Un nouvel élément de langage s’immisce dans les prises de parole, favorisé peut-être par le débat en cours sur le climat: la sauvegarde de la biodiversité.

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Seule lueur de cette matinée, le soutien «inespéré» de Martin Beniston, Prix Nobel de la paix 2007. «Les arbres filtrent de nombreux polluants et permettent le développement d’une diversité floristique et faunistique au sein d’un milieu urbain où la nature a de moins en moins sa place», écrit ainsi l’ancien vice-président du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC). «En 2019, couper des arbres est inexcusable, martèle Jean Hertzschuch. Nous allons lancer une pétition pour que le canton déclare l’urgence climatique.» Le député François Bärtschi (MCG) a par ailleurs annoncé le prochain dépôt au Grand Conseil d’une demande de moratoire sur les prochains plans localisés de quartier.