Le corps-à-corps a duré quelques minutes. Sous les fenêtres du Département de l'instruction publique, au pied du Château lausannois, Anne-Catherine Lyon a affronté professeurs et étudiants en vacances. Hier, c'était jour de grève dans les gymnases vaudois, huit sur neuf ont fermé. Même situation au CHUV, où 200 personnes se sont réunies à midi face avec Pierre-Yves Maillard, et au Bâtiment administratif de la Pontaise (BAP) à Lausanne. SUD et le SSP, deux des trois syndicats du personnel de l'Etat, avaient orchestré la mobilisation à quelques heures d'une négociation décisive pour la réforme salariale de la fonction publique. La FSF, la troisième faîtière –qui n'a pas appelé ses troupes à manifester –, vient d'amender une convention d'accord proposée par le Conseil d'Etat. Ce n'est pas «oui», mais une signature reste possible, peut-être ce vendredi, après la séance débutée dans la nuit. Quant à SUD et au SSP, ils ont rejeté la convention.

Déclassés

Entre incertitude et attente, les enseignants ont répété à la conseillère d'Etat qu'ils refusent de gagner moins au cours de leur carrière. Malgré les avertissements de Pascal Broulis, à la tête de la délégation aux ressources humaines qui mène les pourparlers – «Decfo/Sysrem, c'est tout ou rien et l'accord d'un seul syndicat suffira à son entrée en vigueur» –, ils ne veulent pas céder à la menace ni nuire aux «gagnants». La moitié des collaborateurs, selon le Conseil d'Etat, devrait bénéficier des hausses de salaire via les 80 millions affectés à la bascule vers la nouvelle grille. La somme n'était que de 20 millions avant la mobilisation de l'hiver passé. Voilà pourquoi la FSF n'est pas prête à rejoindre le SSP et SUD, au risque de tout perdre.Déclassés, soumis à la progression dégressive du nouveau système, les professeurs de gymnase contestent leur réputation: celle de nantis, pourvus de bons salaires et d'un emploi du temps enviable. Même si leur salaire ne baissera pas, ils se sentent floués. Tout autant que les secrétaires ou les inspecteurs automobiles du SAN, présents désormais avec d'autres encore sur la liste des «perdants» agités par les syndicats sous le nez d'Anne-Catherine Lyon. Cette dernière a dit «toute l'attention que le Conseil d'Etat porte aux préoccupations de ses employés» (lire ci-dessous). Trop peu pour les 600 manifestants, qui espéraient des mots plus forts à l'égard de Decfo/Sysrem. «N'est-elle pas socialiste?»Au rythme des slogans battus par l'Association vaudoise des maîtres de gymnase (AVMG), les professeurs défendent les valeurs de l'école publique. Comme si elle était en danger. Elle l'est, jurent certains. Ils parlent démantèlement, dévalorisation. Une enseignante de Nyon s'interroge: «Comment attirer des diplômés, des personnes qualifiées, si on coupe des milliers de francs sur une carrière?»

Radicalisation

Puis elle avoue un salaire brut de 7000 francs à 80% au milieu de la quarantaine. Est-ce beaucoup? Les gymnases débordent. Boom démographique et exigences «démocratisées» au certificat expliquent le phénomène. Les classes enflent. Leur nombre se multiplie. Il faut en faire plus avec le même revenu. «Voire moins avec Decfo/Sysrem…», soupire un prof de français. Inutile de remarquer que les dépenses de l'Etat pour le personnel, à part une stabilisation relative entre 2005 et 2006, ont toujours augmenté. Ils craignent le pire. Ils annoncent une autre grève pour le 11 novembre. Tant qu'ils n'obtiendront pas des négociations sectorielles.Pourtant, Decfo/Sysrem doit réaménager l'ensemble du système salarial; le simplifier et l'équilibrer sans perdre de vue la compétitivité de l'Etat-employeur. Est-il possible de réformer sans susciter des déceptions? Pas besoin de s'attaquer aux acquis, répondent-ils, pour revaloriser les métiers oubliés.Anne-Catherine Lyon abandonne la scène, suivie d'une délégation syndicale. Ils discuteront deux heures. Le baroud s'apaise. Jusqu'au soir. Quand une autre manifestation se noue dans le froid avant la négociation de la nuit. Ils étaient 12000 en janvier dernier. Quelques centaines aujourd'hui. «Le gouvernement a divisé pour régner», accusent-ils.