Barry Lopez veut faire voter 40% des jeunes

Elections fédérales Le projet Easyvote combat l’abstentionnisme des nouveaux citoyens

Rencontre avec son animateur romand

Le constat de départ est préoccupant: la participation des jeunes aux élections fédérales s’érode avant même d’avoir vraiment décollé. En 2011, seuls 32% des 18-25 ans ont déposé leur bulletin dans l’urne, alors qu’ils étaient 35% en 2007 et 33% en 2003.

Faire mieux en octobre prochain, c’est la mission d’Easyvote, un projet de sensibilisation «par et pour les jeunes». «Nous visons une participation de 40%, pour nous rapprocher du taux de l’ensemble de la population», explique Barry Lopez, 25 ans, animateur romand de ce projet.

«Le vote doit devenir un réflexe, précise le jeune Vaudois. Il faut inculquer ces automatismes de bonne heure, avant que n’arrivent les enfants ou d’autres préoccupations. C’est un travail de fond. Plus un électeur apprend à voter jeune, plus il votera au cours de sa vie.»

Les jeunes s’intéressent à la vie publique, comme vient de le confirmer une étude de la Commission fédérale pour l’enfance et la jeunesse (CFEJ). Mais divers obstacles peuvent les empêcher de s’exprimer. La moitié des nouveaux citoyens trouvent le langage de la politique trop compliqué. Davantage encore peinent à identifier des candidats convaincants qui puissent les représenter.

Tout cela, ce sont les sondages qui le disent, pas sa propre expérience. Car chez Barry Lopez, la passion pour la chose publique est «venue toute seule». Il s’est intéressé très tôt à l’actualité, chez lui à Vallorbe, à travers la lecture des journaux. Le contexte ne l’y prédisposait pas particulièrement. Il a été élevé par sa mère, dans une famille monoparentale de trois enfants. On ne parlait pas politique à la maison.

«Je suis hors statistiques», glisse celui qui veut pousser les autres à voter, lui qui n’a jamais eu besoin d’une campagne de sensibilisation. A l’école, il n’était pas toujours bon élève, mais délégué de classe et volontaire pour tout ce qui se présentait, dans le souci de se rendre utile. Il prend des initiatives. A la récréation, il se rend à l’épicerie pour les copains, en prélevant une petite commission, raconte-t-il, souriant autant que décidé.

A 18 ans, il entre dans les Jeunes radicaux vaudois, qu’il a présidés durant deux ans. Un choix qui semble être allé de soi pour lui-même, mais qui surprendra ses grands-parents aux origines espagnoles et républicaines. Barry Lopez, qui a siégé au parlement communal de Vallorbe avant de déménager à Lausanne, apprécie les politiciens modérés et pragmatiques.

Ce qui ne l’empêche pas de tenir beaucoup à la responsabilité individuelle, de penser qu’il faut «donner tout ce que l’on peut avant de se faire aider». C’est la raison pour laquelle celui qui finance actuellement ses études s’est profilé contre l’initiative sur les bourses lors de la récente votation.

Au sortir de sa scolarité, il se fourvoie dans un apprentissage de médiamaticien. Il sera plus à l’aise à l’armée. Il est fier d’être devenu un «officier sans CFC». Aujourd’hui, il termine sa première année de gymnase du soir. Trois autres doivent suivre. La journée, il travaille pour Easyvote et comme assistant parlementaire de la conseillère nationale Isabelle Moret (PLR/VD), un poste par lequel Philippe Nantermod est aussi passé. Après? Il aimerait se former comme inspecteur à l’Académie de police de Savatan. Ou alors suivre des études universitaires.

Mais comment faire pour faire voter les autres? Il y a deux ans, il proposait une bière contre un vote. Cela lui a valu un premier écho médiatique mais la désapprobation des autorités, qui lui ont signifié qu’on ne pouvait pas s’improviser bureau de vote. Les outils d’Easyvote feront moins de mousse. Un courrier a été adressé à tous les gymnases et écoles professionnelles du pays pour monter des débats dans les classes avec de jeunes candidats.

Les nouveaux citoyens issus du gymnase votent plus que ceux qui sortent de l’école professionnelle. «Je le vois bien maintenant au gymnase du soir, les enseignants poussent l’histoire, le civisme, alors qu’en apprentissage on apprend juste quelques notions par cœur. La majorité des jeunes du coup ne sont pas touchés, ils participent moins alors qu’ils gagnent moins et devraient le plus se faire entendre.»

D’ici aux élections fédérales d’octobre, la plateforme en ligne d’Easyvote permettra de simuler son vote et de se familiariser avec des sujets intéressant les jeunes, nationaux et internationaux plus que locaux. L’immigration est un thème qui porte, comme tous ceux qui sont controversés.

Mieux encore, Easyvote recrute 1000 «assistants aux élections», un peu sur le modèle des grands frères. On sait que 17% des 18-25 ans sont motivés, qu’ils votent de toute manière. On compte sur eux pour entraîner les 33% d’électeurs occasionnels de cette tranche d’âge. Chacun des assistants s’engage à convaincre cinq à dix personnes de son entourage à remplir leur bulletin. «Si cela marche, 10 000 Suisses de plus auront voté. Pas mal, non?»

www.easyvote.ch

«Les jeunes issus de l’école professionnelle votent moins, alors qu’ils devraient le plus se faire entendre»