Vice-président du Parti socialiste suisse depuis 2008, Stéphane Rossini quittera cette fonction à la fin de l’été. Le conseiller national valaisan, figure importante du PS et professeur de politiques sociales à la HES-SO et à l’Université de Genève, part alors que la ligne défendue par les Romands s’impose au sein du parti suisse. Il «s’étonne» de voir le nouveau ministre de l’Intérieur, le socialiste Alain Berset, défendre les réseaux de soins «par conviction».

Le Temps: Pourquoi démissionner de la vice-présidence du parti?

Stéphane Rossini: Pour deux raisons. En septembre prochain, le PS, réuni en congrès à Lugano, renouvellera ses instances dirigeantes. Je pense que c’est à une nouvelle équipe de prendre le relais et de commencer, d’ici à deux ans, le travail en vue des élections fédérales de 2015. Par ailleurs, ce genre de fonction demande un tournus. La place ne doit pas être occupée par des gens indéboulonnables. Une démission maintenant stimule une dynamique interne positive et saine. Cela étant, je considère le travail accompli ces quatre dernières années avec fierté. Nous nous sommes beaucoup engagés et cela a payé: le PS, qui a gagné huit sièges aux Chambres, est le seul des grands partis à avoir progressé à ce niveau lors des dernières élections fédérales.

– Est-ce que vous êtes satisfait des premiers pas d’Alain Berset au Conseil fédéral?

– Oui. Il est bien entré dans sa fonction. Et dans le cadre de la commission de la sécurité sociale et de la santé publique, que je préside, on le sent très solide.

– Il défend désormais les réseaux de soins, soumis à votation le 17 juin, et auxquels le PS s’oppose…

– Sur le Managed Care, Alain Berset a fait le choix de se distancer du parti. J’ai été surpris de l’entendre dire qu’il défend le projet «par conviction». Cela affaiblit le PS. Je m’attendais à ce qu’il défende ce projet en tant que membre du Conseil fédéral. D’ailleurs, des sections cantonales me font part de leur étonnement. Et puis, la base est aussi interpellée par Jean-François Steiert (ndlr: socialiste fribourgeois), qui défend lui aussi une position contraire à celle du parti. Cela me préoccupe.

– Vous avez toujours été et restez très profilé sur les assurances sociales. Le système social suisse est plutôt bon, non?

– Oui. Raison pour laquelle il ne faut pas le démanteler. Il faut oser affronter les questions de sa simplification, comme l’harmonisation de l’assurance maladie et accident. En démissionnant de la vice-présidence, je compte m’investir davantage pour les défis à venir: le référendum contre la sixième révision de l’assurance invalidité, l’initiative pour une caisse maladie publique et le débat AVS - 2e pilier. Ce sont des axes centraux de l’action du PS.

– Vous avez soutenu l’initiative Weber sur les résidences secondaires. Le PDC Christophe Darbellay vous a accusé, en Valais, d’être un «traître à la patrie». Est-ce que cette campagne vous a marqué?

– Avec l’expérience, le cuir devient dur. J’ai soutenu cette initiative sans faire campagne car je pense que le Valais n’a pas mené une politique crédible en matière d’aménagement du territoire. Aujourd’hui, j’ai l’impression d’être le bouc émissaire de cette affaire. Mais je ne regrette rien, parce que je reste convaincu de ma position. Cela dit, ce sont Christophe Darbellay et Jean-Marie Fournier (ndlr: promoteur immobilier) qui ont, par leur comportement contre-productif durant la campagne, fait gagner l’initiative Weber.