La question des vaccins selon Wazem:

Alors qu’une première manche semble avoir été remportée contre le Covid-19, une nouvelle bataille s’engage pour la gratuité des tests. Au cœur de la stratégie des autorités: le dépistage systématique, seul moyen d’éviter une recrudescence de l’épidémie. Au moindre symptôme d’état grippal (fièvre, maux de tête, toux ou encore essoufflements), toute personne devra donc se faire tester, du moins jusqu’à l’arrivée d’un vaccin, qui n’est pas attendue avant deux ans. Alors que des centaines de milliers de tests sont à prévoir, qui paiera la facture? Plusieurs pistes de financement sont envisagées par le Conseil fédéral, mais des zones d’ombre demeurent. Au grand dam des médecins, qui craignent une recrudescence de l’épidémie.

Facturé au départ 190 francs, le test est aujourd’hui proposé au tarif de 95 francs en moyenne. A peine de quoi couvrir les frais des hôpitaux qui le proposent. «Le prix reste un frein pour de nombreuses personnes, déplore Didier Pittet, épidémiologiste aux Hôpitaux universitaires de Genève (HUG). Sans garantie de gratuité, on prend le risque d’introduire une médecine à deux vitesses, mais surtout de perdre de nouveau le contrôle de l’épidémie.» Car c’est bien pour éviter une deuxième vague que les autorités sanitaires souhaiter désormais pratiquer des tests à grande échelle.

Changement de paradigme

Dans les faits, un véritable changement de paradigme s’opère. «Avant, on conseillait aux gens de rester chez eux s’ils avaient des symptômes, pour ne pas surcharger les hôpitaux et risquer une pénurie de tests, rappelle Didier Pittet. Aujourd’hui, ce n’est plus le cas, il ne faut surtout pas attendre que les symptômes s’aggravent.» Auparavant effectué par prélèvement nasal, le test peut aussi prendre la forme d’un frottis au fond de la gorge et livre ses résultats en moins de vingt-quatre heures.

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On distingue deux types de tests. Le test de diagnostic, d’une part, destiné à confirmer ou infirmer que les symptômes ressentis par le patient sont bien dus au Covid-19. Ce dernier est pris en charge par la LAMal. Le test de dépistage, d’autre part, qui peut être effectué sur une personne sans symptômes travaillant en milieu médical, est à quant à lui à la charge des cantons, en vertu de la loi sur les épidémies. Jeudi, le Conseil d’Etat genevois a annoncé que les tests effectués par des centres de dépistage sur des personnes peu symptomatiques et sans consultation médicale préalable seraient désormais remboursés par le canton au tarif de 76 francs.

6 à 10% de la population immunisée

Pour Didier Pittet, la solution doit néanmoins être nationale. «Les cantons les plus touchés, à savoir Vaud, Genève et le Tessin, doivent impérativement réussir à détecter les nouveaux cas et contrôler les chaînes de transmission. S’ils ne sont pas suffisamment armés, le pays entier risque de perdre le combat contre le virus.» Outre les mesures d’hygiène, l’épidémiologiste rappelle que seule l’immunité collective freinera la propagation du virus. «Aujourd’hui, 6 à 10% seulement de la population est immunisée, le terrain de jeu du virus reste donc important.»

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D’autant plus que, même si le test est pris en charge par la loi sur l’assurance maladie (LAMal), reste la question des franchises. Un frein particulièrement tenace pour les populations vulnérables, migrants, travailleurs précarisés ou encore étudiants. «On craint que les personnes avec des franchises hautes renoncent à consulter, déplore François Chappuis, chef de département aux HUG. Jeudi, un patient est venu consulter avec peu de symptômes; lorsqu’on lui a annoncé le prix du test, il est reparti chez lui. C’est précisément ce qu’on veut éviter. Pour être efficace, la communication autour du test doit être simple: gratuit pour tous.»

La question du remboursement préoccupe passablement Brigitte Rorive, directrice des finances aux HUG, pour qui la répartition des coûts devrait être discutée entre la Confédération, les cantons et les assurances. Car la facture du Covid-19 dépasse souvent le seul coût du test. «Lorsqu’une consultation médicale – obligatoire pour les personnes à risque – a lieu, la prise en charge s’élève à 250 ou 300 francs, jusqu’à 500 francs dans certains cas», détaille Brigitte Rorive.

Pas d’exonération prévue

A ses yeux, la meilleure solution serait que les assurances acceptent de payer ces tests. En l’état, Brigitte Rorive déplore leur méfiance. «Les hôpitaux ne cherchent pas à réaliser du profit sur le dos des assureurs, nous voulons simplement répondre aux besoins de la population. Grâce au report des opérations non urgentes, les assurances sont parvenues à économiser entre 8 et 9 milliards de francs. Les moyens sont là.»

Pour l’heure, les assureurs campent sur leurs positions. «Les tests pour le coronavirus ont été inclus par le Conseil fédéral dans la liste des analyses remboursées par l’assurance de base, rappelle Karin Devalte, porte-parole d’Assura. Toutes les analyses référencées dans cette liste sont soumises à la franchise et à la quote-part. La LAMal ne prévoit pas d’exonération en cas de pandémie.»