Qui des cantons ou des assureurs peuvent au mieux garantir une baisse des coûts des primes d’assurance maladie? La question était débattue lundi, lors de la pause déjeuner chez Helsana, alors que deux visions antagonistes s’affrontaient entre deux morces de sandwich. Pour croiser le fer, le député socialiste Stéphane Montangero d’un côté, partisan de l’initiative cantonale pour une caisse publique, soutenue par le Conseil d’Etat vaudois.

De l’autre, Adrien Kay, le responsable communication de l’association faîtière des caisses maladie Curafutura, plaide pour que les assureurs puissent jouer leur rôle face à la hausse des coûts, dans le cadre établi et sous le contrôle étroit de l’OFSP. Avec un point de départ sur lequel tout le monde est d’accord: les primes maladie sont trop élevées.

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Une caisse pour tous les habitants du canton

«La LAMal est malade», pose en diagnostic Stéphane Montangero. «Elle grève lourdement le budget des ménages et ses principaux symptômes se présentent sous forme de système de fausse concurrence, d’une obligation de réserves qui restent attribuées à la caisse maladie qui les prélève et à une chasse aux bons risques.» Résultat: depuis l’introduction de cette loi sur l’assurance maladie en 1996, les primes ont été multipliées par 2,5, passant en vingt ans de 173 à 447 francs.

«C’est pourquoi Vaud veut déposer une initiative aux Chambres fédérales pour modifier la LAMal. Les cantons devraient pouvoir créer, s’ils le souhaitent, une institution cantonale chargée de fixer et de percevoir les primes, de financer les coûts à charge de l’assurance obligatoire des soins, d’acheter et de contrôler l’exécution des tâches administratives déléguées aux assureurs et de contribuer aux programmes de prévention de la santé. Car dans un système de concurrence, quel avantage peut avoir une assurance à mettre en place un volet de prévention?»

Ainsi, tous les habitants du canton cotiseraient dans la même caisse cantonale, il n’y aurait plus besoin de compenser les risques. Les réserves des assureurs seraient mutualisées, les assureurs, eux, continueraient à effectuer un travail administratif.

Les assureurs au bénéfice d’un savoir-faire existant

«Cette initiative fait une promesse qu’elle ne peut pas tenir», tranche Adrien Kay. «C’est l’augmentation du volume de prestations qui fait augmenter les primes, mais transférer les compétences des assureurs vers une nouvelle entité étatique ne réglera rien et ajouterait encore plus de confusion avec une couche supplémentaire dans le mille-feuille du système de santé.» En réalité, ce serait même pire, selon les assureurs, car ils bénéficient d’un savoir-faire existant, par exemple dans la chasse aux abus en contrôlant plus de 100 millions de factures par année et de par leurs compétences dans les négociations tarifaires avec les fournisseurs de soins.

«Il faut bien voir que dans le système de santé, si certains acteurs peuvent s’accommoder d’une hausse du volume de prestations – comme les médecins, les hôpitaux, ou la pharma –, les assureurs ont pour intérêt et pour mission de limiter les coûts. Si on veut vraiment agir sur leur hausse, il faudrait donner davantage de compétences aux assurances maladie, sur la fixation du prix des médicaments par exemple, un dossier dans lequel l’OFSP est bien seul face à la pharma.» Adrien Kay rappelle encore que des chantiers importants sont en cours à Berne promettant des impacts positifs sur les primes. Il cite le financement uniforme dans les secteurs stationnaire et ambulatoire, qui favoriserait le transfert moins onéreux vers des traitements en ambulatoire, ainsi que la réforme permettant aux cantons de limiter leur offre médicale.

Cédric Mathez, responsable du service clientèle et des prestations chez Helsana, balaie cette initiative d’un revers de main. «Défendre les assurés, offrir les coûts les plus bas, c’est le but des assureurs», affirme-t-il. «Aucune autre assurance étatique n’a de taux de frais aussi bas que nous. Je ne vois sincèrement pas comment l’Etat peut se substituer avantageusement à notre travail et notre savoir-faire.»

La bataille est engagée, l’issue de la guerre reste incertaine.