Les ministres des Transports ­Doris Leuthard et Peter Ramsauer étaient tout sourire mardi à Berne. Après de longues années de turbulences, l’accord entre la Suisse et l’Allemagne sur le trafic aérien de l’aéroport de Zurich est signé. Or, les convenances du protocole sont pour beaucoup dans cette mine réjouie. Dans un camp comme dans l’autre, on sait que la solution qualifiée en juillet de «passable» par Doris Leuthard est très fragile: «la Suisse n’obtiendra pas mieux», a souligné pour sa part mardi le responsable allemand. Précisément, côté suisse, place est désormais faite à des discussions délicates qui doivent précéder la ratification de l’accord.

Car comment répartir les quelque 20 000 survols supplémentaires dont devrait écoper la Suisse à partir de 2020? Quel territoire pourront-ils concerner? Depuis la présentation du texte début juillet, la bataille est lancée. Au-delà des signes de faiblesse face au grand voisin allemand dénoncés par certains politiciens zurichois, de gauche comme de droite, des commentaires de cantons limitrophes laissent augurer d’une scabreuse course au compromis.

Une exigence abandonnée

Berlin a abandonné son exigence de 80 000 survols au maximum au-dessus de son sol. En contrepartie, les avions ne survoleront plus le sud de l’Allemagne à partir de 18h en semaine, contre 21h aujourd’hui. L’horaire de survol autorisé en semaine sera limité à 20h. Or, la Suisse s’engage à prolonger les pistes 28 et 32 pour orienter le trafic aérien sur l’axe est-ouest. De plus, une approche, dite «coudée», par le nord-ouest, au-dessus de l’Argovie, redevient une option envisageable. L’aéroport de Zurich-Kloten conserve ainsi sa capacité de développement économique, insiste l’Office fédéral de l’aviation civile.

La semaine dernière, Doris Leuthard a réuni la conférence consultative composée de représentants de la Confédération, de l’aéroport et des cantons touchés. Pour l’heure, le principal concerné, soit Zurich, reste quasi muet. Rien à dire de plus qu’en juillet: l’exécutif remet à plus tard une appréciation définitive du texte avancé. Il attend «le résultat de la répartition des tâches internes».

L’attitude diffère, même à mots couverts, à l’ouest comme à l’est, soit en Argovie et en Thurgovie. En bref, on ne veut pas être les seuls perdants de l’affaire. «Nous devons regarder vers l’avenir, aboutir à une solution susceptible de satisfaire toutes les régions», commente Jakob Stark, conseiller d’Etat thurgovien, présent à Berne la semaine dernière. Son canton refuse de devenir le nouveau sud de l’Allemagne, option redoutée en cas de prolongation des pistes 28 et 32. «Mais nous savons l’importance d’un accord», conclut-il.

Début juillet, l’aéroport de Zurich, présentant des variantes, a qualifié ce texte de «compromis», «préférable» à celui de 2001 avancé par Moritz Leuenberger. Il propose de ménager la région du sud de l’aéroport, soit celle de la Goldküste, en raison de sa densité d’habitations. Pour ce faire, il compte notamment sur une approche dite «coudée» par le nord.

En Argovie, cette option irrite les autorités. «Nous savons qu’un accord est nécessaire si l’on ne veut pas sortir perdants face à l’Allemagne. Mais il faut évaluer toutes les variantes», explique Hans-Martin Plüss, chef de projet du Dépar­tement des constructions. En d’autres mots, on apprécie moyennement que le sud ressorte plus épargné. «Notre canton ne veut pas hériter de nuisances sonores aussi bien le matin que le soir», continue Hans-Martin Plüss. Et «il ne faut pas oublier qu’une telle approche signifierait un survol des centrales nucléaires de Beznau et Leibstadt». Dans le canton d’origine de Doris Leuthard, on dit croire en une répartition équitable des désagréments. Mais on connaît les possibles outils d’influence, soit le parlement, voire une plainte auprès du Tribunal fédéral.

Mardi, la conseillère fédérale a répété que Berne aspirait à un «juste équilibre». Mais les embûches ne manqueront pas. Le parlement suisse devrait se prononcer sur cet accord au cours du premier semestre 2013. Et «le message devrait autant que possible présenter les concepts d’exploitation au moyen desquels l’accord pourra être mis en œuvre», précise le Département des transports. N’empêche, le peuple pourrait avoir son mot à dire. Plusieurs associations de riverains comptent s’engager contre l’extension des pistes soumise au parlement zurichois.