Pas la moindre trace de crispation n'était perceptible jeudi matin chez Pascal Couchepin au moment de lancer officiellement sa campagne pour les votations du 16 mai sur l'avenir de l'AVS et de l'AI. Le ministre de l'Intérieur se voulait même un poil plus enjoué et débordant d'énergie qu'à l'accoutumée, enchaînant à un rythme industriel apartés, boutades et digressions gourmandes. Que se soit pour justifier sa présence dans «ce haut lieu de la politique bernoise» qu'est l'Hôtel Bern (qui est à la fois le pied-à-terre bernois de Micheline Calmy-Rey et le Q.G. inofficiel du PS); pour s'émouvoir du sort des fumeurs («ces gens qui meurent jeunes et cher»); pour appeler les journalistes à «ne pas s'arrêter aux slogans, pas même aux miens»; ou encore pour commenter le style sans chichis de sa nouvelle affiche de campagne, «exempte de rats» et «tirée à neuf exemplaires».

Ce n'est pourtant rien moins qu'une sorte de quitte ou double sur son avenir politique que Pascal Couchepin jouera le 16 mai. Dans le domaine de la santé, tout est à reconstruire après l'échec de la 2e révision de la LAMal au parlement en décembre. Sur l'autre dossier phare de son département, celui des retraites, le ministre cherche à reprendre pied après la polémique de grande ampleur qu'il a provoquée l'an dernier en évoquant l'idée d'un relèvement généralisé de l'âge de la retraite à terme. Un succès le 16 mai lui offrirait une occasion unique de rebondir. Tandis qu'un échec amputerait encore sa marge de manœuvre.

Message difficile à faire passer

La donne est compliquée par le fait que Pascal Couchepin se trouve pris en sandwich. La 11e révision de l'AVS est attaquée par la gauche qui y voit un projet de «démantèlement social» alors que le relèvement de la TVA de 1,8% est jugé «prématuré» voire «inutile» à droite (si ce n'est le 0,8% prévu pour l'AI, du moins le pour-cent pour l'AVS). Le message pour un double oui sera «difficile à faire passer», admet Pascal Couchepin, tout spécialement «si le débat en reste au niveau des slogans». Il voit en revanche «une possibilité de gagner si l'on parvient à amener les gens à examiner les réformes de près».

Pascal Couchepin ne conteste pas que l'AVS se porte encore bien financièrement. Mais cela ne durera pas si l'on ne fait rien, à moins de prendre l'hypothèse «irréaliste» que la Suisse connaîtra une croissance économique nettement supérieure à 1% en termes réels ces prochaines décennies. Les réalités démographiques sont têtues. Le baby boom des années 60 et la dénatalité vont fortement accélérer la dégradation du rapport entre le nombre de personnes qui financent le système (les salariés pour une bonne part) et ceux qui en profitent (les rentiers).

La 11e révision de l'AVS (900 millions d'économies) et le relèvement de la TVA pour l'AVS (2,4 milliards de recettes) garantiraient déjà le financement du système jusqu'en 2015. Un double oui permettrait ainsi de mener «paisiblement» le débat sur les mesures qui semblent de toute façon nécessaires au-delà, dans ce qui serait une 12e révision de l'AVS. Les alternatives étant une augmentation de la ponction sur les salaires, un nouvel accroissement de la TVA, une diminution des rentes, un relèvement de l'âge de la retraite ou un mix de ces mesures. «Nous aurions le temps et pourrions même nous permettre un échec en votation», précise Pascal Couchepin. En cas d'échec le 16 mai, il faudrait en revanche prendre rapidement des «mesures de crise», peut-être même appliquer une «thérapie de choc».

Un rejet de la 11e révision de l'AVS sera particulièrement ennuyeux, souligne le Valaisan. Il s'érige contre l'idée que ce projet serait «inéquitable». Le relèvement prévu de l'âge de la retraite des femmes de 64 à 65 ans est «logique du point de vue de l'égalité des sexes». Les quelques coupes prévues dans les prestations ne concernent que les veuves sans enfants à charge. Elles ne s'appliqueraient que très progressivement sur quinze ans et ne s'appliqueraient pas aux ayants droit actuels. Les rentes des orphelins seraient, elles, revalorisées en parallèle.

Un non au relèvement de la TVA provoquerait des problèmes plus immédiats encore dans le domaine de l'AI, a précisé Pascal Couchepin. Les mesures d'assainissement prévues dans la 4e révision de l'AI n'étaient que «de l'eau tiède». La 5e révision (que le ministre présentera encore avant le 16 mai) devrait avoir des effets plus importants mais elle n'entrera en vigueur qu'à moyen terme. Or l'AI est d'ores et déjà déficitaire. Un non le 16 mai conduirait donc Pascal Couchepin à présenter un nouveau projet de hausse de la TVA spécifiquement pour l'AI – ce qui n'est en soit pas politiquement contesté. Mais vu le «retard pris», une hausse de 0,8% «ne suffirait sans doute plus». Il faudrait probablement envisager une augmentation d'un pour-cent complet.