Les skinheads ont une nouvelle fois frappé. Dans la nuit de samedi à dimanche, une cinquantaine d'entre eux s'en sont pris à environ 80 personnes de couleur à Saint-Gall. C'est peu après une heure que les échauffourées ont commencé devant un club africain de la ville. Un petit groupe de skinheads et quelques personnes de couleur en sont venus aux mains, précise Benjamin Lütolf, porte-parole de la police municipale saint-galloise. Puis, les deux camps ont rapidement appelé des renforts avec leurs téléphones portables. Alertée, la police a dû sortir les grands moyens pour les séparer, et mobiliser une soixantaine d'agents des polices locale et cantonale. Le calme n'est revenu que vers 4 h du matin. Quatre personnes ont été blessées. Les agents ont procédé à l'interpellation de 36 skinheads âgés de 17 à 31 ans, venant de Saint-Gall, Zurich, Argovie, Berne, Thurgovie et des Grisons, ainsi que de 27 personnes de couleur, dont les nationalités n'ont pas été précisées. Elles ont toutes été relâchées dans la matinée.

Ce n'est pas la première fois que Saint-Gall est le théâtre d'affrontements provoqués par l'extrême droite. En février et mars 1999, des personnes avaient déjà été agressées par un groupe de néonazis en plein centre-ville. Selon la police, il y aurait dans le canton une demi-douzaine de personnes politiquement actives auxquels s'ajoutent une trentaine de sympathisants.

La bagarre saint-galloise n'est pas un cas isolé. Ces dernières semaines, les attaques des skinheads se sont multipliées. Le 8 juillet, un groupe néonazi a tabassé deux footballeurs turcs à Glattfelden (ZH). Une semaine plus tard, un centre pour requérants d'asile a manqué de prendre feu à Möhlin (AG). Le 13 août, une quinzaine de skinheads allemands ont pourchassé et battu deux Turcs à Kreuzlingen (TG).

Procureur de la Confédération rassurant

Le procureur de la Confédération, Valentin Roschacher, cherche toutefois à relativiser le danger constitué par la scène d'extrême droite. Dans une interview au Bund, il a déclaré que le crime organisé restait la principale menace pour la Suisse. Pour lutter contre l'extrême droite, le personnel à disposition suffit en principe, a-t-il ajouté. Le conseiller fédéral Moritz Leuenberger a souligné de son côté, dans une interview au Matin, que l'extrémisme de droite devait être combattu avec tous les moyens de l'Etat de droit. Quant au président de la Commission fédérale contre le racisme, Georg Kreis, il a réclamé sur les ondes de la DRS la création d'une centrale d'information pour les cantons et les communes. Sur le plan fédéral, un groupe de travail étudie actuellement les moyens à mettre en œuvre dans la lutte contre l'extrémisme. Il doit présenter des solutions concrètes d'ici à la mi-septembre. L'idéologue néofasciste Roger Wüthrich n'hésite d'ailleurs pas à réclamer la participation des milieux d'extrême droite à cette réflexion et l'assouplissement des mesures actuelles, indique la Sonntagszeitung. Selon Roger Wüthrich, les groupes néonazis renonceront à la violence si la diffusion de livres et de CD racistes est tolérée.