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Le groupe de politiciens verts neuchâtelois qui a fait aboutir l’initiative pour l’accès aux rives. Clarence Chollet, Fabien Fivaz et Céline Vara. Photo © eddy mottaz
© Eddy Mottaz

Droit de passage

La bataille des rives s’étend au lac de Neuchâtel

A huit mois des élections cantonales, les Verts neuchâtelois font aboutir la première initiative de leur histoire. Le sujet choisi, à défaut d’être vraiment chaud, est populaire

Les Verts neuchâtelois sont fiers: ils viennent de faire aboutir la première initiative populaire de leur histoire. Objectif: rendre accessible «pour toutes et tous» la rive cantonale du lac de Neuchâtel dans son entier. Ce résultat n’est pas encore officialisé, mais les 5600 signatures recueillies, alors que 4500 suffisent, permettent de tenir l’aboutissement pour certain.

«C’est une idée ancienne chez les Verts, qui était dans un tiroir», explique Clarence Chollet, la présidente du parti cantonal. Il a suffi de quelques avancées obtenues par les militants des rives publiques dans d’autres cantons pour la remettre d’actualité. Cette initiative permet aux Verts d’être visibles en vue des élections cantonales du 2 avril prochain. Faute d’un sujet plus brûlant? «Ce n’est peut-être pas un thème vital, mais il touche toute la population», répond la présidente.

Les initiants l’admettent: il est plus aisé d’accéder aux rives neuchâteloises qu’à d’autres. Sur les 34 km qui vont de Marin à Vaumarcus, les écologistes neuchâtelois ont identifié dix kilomètres environ qui posent problème, soit un petit tiers. A titre de comparaison, seule la moitié du littoral lémanique est ouverte aux promeneurs. En moyenne, car ce pourcentage varie fortement selon les tronçons. La population de l’agglomération lausannoise est particulièrement bien servie, alors que sur La Côte vaudoise les deux tiers des rives sont privatisées. Dans le canton de Genève, l’accès public se limite pratiquement aux parcs et aménagements de la Ville.

Je passe en brandissant la loi de 1936!

Les Verts neuchâtelois ne veulent pas se satisfaire d’une situation comparativement bonne. Ils reprochent aux autorités communales et cantonales de ne pas concrétiser un droit de passage pourtant déjà reconnu dans le droit cantonal des eaux. Dans les zones identifiées comme points noirs, des propriétaires riverains s’ingénient à dissuader le passage ou à le rendre impossible, par une clôture, un bateau amarré en chicane, une végétation envahissante.

«Je n’aime pas les panneaux «Attention, chien méchant», et quand un propriétaire me reproche de passer sur son terrain, je lui réponds que je suis dans mon droit en brandissant la loi de 1936», explique Frédéric Chiffelle, professeur honoraire de géographie de l’Université de Neuchâtel et membre du comité d’initiative. Un sentier continu serait un argument touristique de poids pour le canton, ajoute-t-il.

L’initiative exige aussi la suppression de quelques dérogations au libre passage concédées par l’Etat. Celles-ci servent notamment à protéger le chiffre d’affaires de la piscine de Neuchâtel et la tranquillité des patients de l’hôpital psychiatrique de Préfargier, à La Tène. En revanche, les Verts ne remettent pas en question la protection dont bénéficient aujourd’hui quelques sites naturels sur la rive nord du lac.

Sur la rive sud

Le slogan «Des rives pour tous» est plutôt une nouveauté chez les écologistes, qui préfèrent dans d’autres circonstances protéger la nature du passage humain. L’ouverture réclamée sur la rive nord est un contrepoint piquant à la fermeture obtenue sur la rive sud, transformée pour l’essentiel en réserve (Grande Cariçaie), dont les milieux écologistes ont réussi à chasser baigneurs, nudistes et promeneurs.

«Je pense que l’initiative des Verts relève surtout du marketing préélectoral, car je n’ai pas souvenir qu’ils aient été très actifs sur ce dossier au parlement ces dernières années, relève Damien Humbert-Droz, président du groupe PLR. Le cas échéant, l’initiative devra être appliquée avec mesure et l’Etat devra aménager en priorité ses propres tronçons.»

Pendant longtemps, sur les propriétés riveraines neuchâteloises, les maisons étaient construites très en retrait du lac et les propriétaires acceptaient aisément les rares passants sur la rive. La situation a changé avec la croissance de la population, celle de la mobilité et la vogue récente des constructions récentes «les pieds dans l’eau».

«C’est la politique qui freine!»

Si la bataille des rives s’étend au lac de Neuchâtel, c’est qu’ailleurs les choses bougent. A Genève, la commission parlementaire traitera prochainement une motion demandant un état des lieux qui n’a jamais été fait. «Les propriétaires ont acheté une parcelle et la vue sur le lac qui va avec, mais pas la jouissance exclusive de la rive», argumente le député PS Cyril Mizrahi, auteur de la motion.

Quant au fondateur du mouvement Rives publiques, Victor von Wartburg, il a été acquitté en décembre 2015 par la justice vaudoise de l’accusation de dommages à la propriété pour avoir cisaillé un grillage illégal (LT du 18.12.2015). Un jugement qui a stimulé l’initiative neuchâteloise. Rives publiques attend des décisions judiciaires sur le fond des litiges de Mies et Tannay (VD) avant de lancer, en 2017 peut-être, une initiative fédérale envisagée depuis longtemps. En attendant, son président s’impatiente de la «mauvaise volonté» de l’Etat de Vaud, qui rechigne à faire du marchepied traditionnellement reconnu un droit de passage général. «La cause des rives est populaire, mais c’est la politique qui freine», s’indigne le militant.

Propriétaires pas inquiets

Que le combat soit moins âpre à Neuchâtel qu’ailleurs, pour le moment du moins, se remarque dans le fait que les riverains concernés ne semblent pas s’inquiéter. «Aucun d’entre eux ne m’a contacté à ce sujet», explique Yann Sunier, directeur de la Chambre immobilière et député PLR. A titre de comparaison, leurs homologues lémaniques se sont organisés depuis longtemps à travers l’Association des propriétaires riverains des lacs vaudois (April).

Le conseiller d’Etat neuchâtelois Laurent Favre, chargé du dossier, n’a pas pris position sur cette initiative. Sa priorité consiste à faire approuver par ses collègues du gouvernement, début 2017, un plan directeur des rives du lac, dont l’objectif est de concilier les divers intérêts en jeu. Un article de l’initiative ne manque pas d’inquiéter le canton: celui qui met à la charge de l’Etat, comme un baume pour les propriétaires touchés, l’entretien du chemin riverain sur le domaine privé.

Lire aussi: Victor von Wartburg, portrait de l’homme qui veut reprendre la rive pas à pas

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