Les Zurichois ont-ils forcé la main à la Confédération pour qu'elle finance son fameux réseau de S-Bahn? Les Romands qui militent pour la troisième voie entre Lausanne et Genève sont nombreux à le croire. Le syndic de Lausanne Daniel Brélaz utilise cet argument pour inciter Vaud et Genève à préfinancer cette infrastructure: «Zurich a avancé les fonds et créé une situation où les CFF devaient faire la suite. Mais le canton n'a financé qu'une très petite partie, pour créer l'impact», a-t-il déclaré récemment à l'émission Radio public de la Radio romande.

La différence assumée par les CFF

Une plongée dans l'histoire montre une autre réalité. Zurich joue très tôt la carte des transports publics. Dans les années 1960, le canton avait envisagé de construire une autoroute cantonale au bord du lac, le long de la Côte d'or. Il se décide toutefois pour le rail, en participant au financement d'une nouvelle voie. Pendant ce temps, la Romandie célèbre dans l'euphorie ses premiers kilomètres autoroutiers entre Lausanne et Genève.

En 1973, un projet de S-Bahn et de métro en ville de Zurich, qui n'aurait coûté au canton que 75millions sur un total de 819, échoue en votation populaire. En attendant de revenir à la charge, les autorités font voter la création d'un fonds de réserve pour les transports publics, qui est alimenté à l'époque par 40 millions de francs par année.

En novembre 1981, les citoyennes et citoyens zurichois posent la première pierre de leur futur réseau express en adoptant à une majorité des deux tiers un crédit de 523 millions de francs. Les travaux, estimés à 650 millions de francs, comportent notamment le percement de la gare de Zurich en sous-sol et une nouvelle ligne avec tunnel vers Dübendorf. La différence est prise en charge par les CFF.

Effet d'amorce

Car les Zurichois ont bien essayé d'obtenir des fonds directement de la Confédération. Mais le Conseil fédéral, occupé à digérer la conception globale des transports et à réfléchir, déjà, à une nouvelle répartition des tâches entre cantons et Confédération, n'est pas encore en mesure de se prononcer sur une éventuelle participation.

Les Zurichois foncent seuls. Avant même l'inauguration en grande pompe par le conseiller fédéral Adolf Ogi de leur S-Bahn, le 27 mai 1990, les citoyens votent par deux fois des rallonges de 72 et 235 millions de francs pour améliorer l'infrastructure du réseau. «Le canton de Zurich a financé 80% de son réseau express régional lui-même», déclare Dominik Brühwiler, responsable de la planification à la Communauté zurichoise de transport (ZVV). Une participation que confirme Gregor Saladin, porte-parole de l'Office fédéral des transports.

Certes, l'élan zurichois a un effet d'amorce incontestable. Un projet concret dont le financement a déjà reçu l'aval populaire pèse lourd lorsqu'il s'agit de définir des priorités. D'autant plus quand le nombre des usagers ne cesse d'augmenter.

Zurich, aujourd'hui encore, a bien compris qu'il vaut mieux aller de l'avant sans attendre la Confédération, comme le montre l'exemple du train de la Glatt, cette nouvelle ligne entre tram et RER qui forme l'épine dorsale d'une région en pleine expansion qui va du nord de Zurich à l'aéroport. Là aussi, les Zurichois étaient prêts à assumer une bonne partie des coûts, en votant en 2003 un crédit de 580 millions de francs. Entre-temps, comme pour le CEVA et le M2, le Fonds fédéral d'infrastructure pour le trafic d'agglomération financera pour moitié les deuxième et troisième étapes de la ligne.

Communauté d'intérêts

Zurich a aussi un autre avantage dans ses négociations avec la Confédération. Avec l'inauguration du S-Bahn en mai 1990, le canton a rassemblé tous les transports publics du canton sous un même toit, la communauté zurichoise de transport (ZVV). Financée par moitié par le canton et par moitié par les communes, elle définit seule les grandes orientations stratégiques du trafic régional et fixe, par le biais de budgets globaux et de mandats de prestation, le cadre d'exploitation de la quarantaine d'entreprises affiliées, y compris les CFF. Même les fiers trams de la ville de Zurich doivent se plier à ce corset.

Dans le canton de Vaud, la Communauté d'intérêts pour les transports publics (Citrap) propose un modèle comparable. Elle demande, dans le rapport qu'elle a remis en novembre dernier au conseiller d'Etat François Marthaler, que toutes les compagnies de transports publics du canton fusionnent pour ne plus former qu'une seule société. Précisément aussi pour renforcer le poids du canton de Vaud dans ses négociations avec la Confédération et les CFF.