Signe d'une économie revigorée et d'une pénurie de main-d'œuvre, bâtir du logement dans le canton de Genève devient toujours plus coûteux. L'indice, publié fin juillet, des prix de la construction de logements a grimpé de 5,7% en un an, alors que le coût de la vie a reculé de 1,2%. Son niveau se fixe à 113,2 points (1er avril 1988 = 100). Pour la troisième année consécutive, la reprise de la branche se reflète dans les chiffres.

«Il faut comprendre que cette progression n'est qu'un rattrapage après la chute des prix pendant la crise. Il ne s'agit en aucun cas d'une explosion», précise Gabriel Barrillier, secrétaire général de la Fédération genevoise des métiers du bâtiment. Depuis 1999 et le réveil du marché immobilier, l'indice genevois a progressé de 18,4%, selon l'Office cantonal de la statistique. Entre 1995 et 1998, période de marasme pour la construction, il avait reculé de 10,9%. Les entreprises se livraient alors une concurrence féroce et n'hésitaient pas à casser les prix pour décrocher un mandat.

Depuis, le bâtiment a renoué avec la croissance et les carnets de commandes sont, à court terme, bien remplis. Les dépenses publiques et privées dans la construction sont estimées à 2,3 milliards pour 2001 (contre 3 milliards en 1990). Cette demande, qui concerne des locaux commerciaux et des logements de haut standing, a déclenché un fort redressement des prix.

Globalement, en dix ans, les coûts de la construction ont progressé moins vite que le coût de la vie. «Grâce à l'assainissement de la branche, qui est en voie de s'achever, grâce à un équipement modernisé et à une meilleure organisation des chantiers, nous construisons mieux et moins cher», affirme Gabriel Barrillier. Car pour faire face à la crise, il a bien fallu améliorer la compétitivité. Et licencier à tour de bras. De nombreuses entreprises ont fermé, d'autres se sont redimensionnées. Leur nombre est passé de 1300 à 1000 en dix ans. La tendance à l'embauche ne s'est réaffirmée que récemment: le seuil symbolique de 10 000 ouvriers a été franchi en 2000, pour la première fois depuis cinq ans, et atteint 12 000 en 2001. Mais la pénurie de main-d'œuvre qualifiée dans certains corps de métier continue d'exercer une pression à la hausse sur les salaires, tendance qui participe au renchérissement de la construction.

L'instauration de la redevance sur le trafic des poids lourds liée aux prestations (RPLP), le coût des produits pétroliers et le relèvement du taux de TVA ont encore influé sur la hausse de l'indice.

Hausse qui, à son tour, a un lien avec la pénurie de logements bon marché qui sévit dans le canton du bout du lac. «Pour les logements sociaux, l'Etat impose un prix de construction au mètre cube, explique Marc Müller, secrétaire général de la Chambre genevoise immobilière. Tant que ce prix est en deçà de celui du marché, les promoteurs n'investiront pas dans le secteur, car il n'est pas rentable.» Par les temps qui courent, la bonne performance du secteur du bâtiment a aussi son revers de la médaille.