L'annonce de la recapitalisation de la BCV et la polémique sur le déclenchement de poursuites pénales par le Conseil d'Etat mettent Pascal Broulis dans une position inconfortable. Jusqu'à son élection au gouvernement voici six mois, le radical était cadre à la BCV, chef d'Etat-major de la division logistique. Rencontre à Château-d'Œx, en marge du séminaire sur le budget avec la commission des finances.

Le Temps: Etes-vous celui qui s'oppose à une plainte pénale?

Pascal Broulis: Je ne suis pas opposé au dépôt d'une plainte. Je reste solidaire de la banque, de mon métier, mais j'ai déjà eu l'occasion de le dire: si je me sens trahi je déposerai cette plainte. S'il manque de l'argent, s'il y a une tricherie, j'attaquerai. Pour l'heure, je suis comme tout le monde: surpris par l'ampleur des besoins de provisionnement.

– Le Conseil d'Etat a quand même voté contre cette plainte?

– Nous nous sommes prononcés pour le scénario de Mme Maurer. Soit nommer un expert neutre qui fasse la lumière dans le court délai de trois mois. Nous n'avons pas décidé seuls, nous avons des avis de juristes qui nous confortent. On s'est aussi penchés sur la nécessité d'une commission d'enquête parlementaire à laquelle je suis personnellement favorable. Cela fait partie de l'équilibre des pouvoirs entre justice, législatif et exécutif. Et cela ne préjuge pas de la suite. Dire que le Conseil d'Etat ne veut pas de plainte pénale est faux.

– Avez-vous vraiment cédé le dossier BCV?

– Le dossier BCV a été transféré des finances à l'économie, ce qui est historiquement sa place. Jacqueline Maurer est la cheffe de file, c'est elle qui donne le ton. Mais je ne suis pas à l'écart puisque je fais partie de la délégation qui s'en occupe, avec Philippe Biéler et Pierre Chiffelle. Je viens en appui sur les plans techniques, comme par exemple le montage financier. Là, j'ai dit dès le début qu'il fallait un système qui ne coûte rien à l'Etat. Je connais bien la banque par ma formation, qui est large, mais j'ai toujours fait des métiers qui étaient en dehors du crédit.

– On se dit que vous avez opportunément préféré l'an dernier la politique à la banque, lorsqu'une promotion significative vous a été proposée?

– Dans un premier temps, j'avais choisi la banque, ce qui était le choix de la raison. Après avoir consulté de nombreux amis, et particulièrement ma fiancée, j'ai finalement changé d'avis. C'était en novembre dernier, avant la première recapitalisation de la BCV et rien n'avait filtré sur ce sujet à ce moment. J'ai fait un choix du cœur, je l'ai fait définitivement, j'ai pris le risque du combat politique. Non. Je suis hyper à l'aise. Je n'ai jamais eu peur d'une plainte pénale.

– Des échos alarmistes font état de retraits importants…

– Pas à ma connaissance. Vous savez, dans une période de crise, il y a de l'intox. On murmure beaucoup, on a même dit qu'il y avait des files d'attentes devant les guichets, ce qui ne s'est jamais produit. Mais le monde politique doit être clair et financer la BCV sans condition, sans exiger de remboursement privilégié sur les nouveaux fonds propres. Cette banque a un savoir-faire historique et universel. Elle est respectueuse de l'économie vaudoise, elle a souvent trouvé des solutions dans l'intérêt général. Si elle a des problèmes, c'est qu'elle s'est engagée avec sept PME sur dix. Lorsqu'il y a un redimensionnement, c'est plus difficile, et c'est pour cela que la BCV est fragile et qu'il s'agit de lui redonner de la force.

– Peut-on recapitaliser la BCV et se payer le métro?

– Oui. Le métro n'a aucun lien avec la banque. C'est un pari qui veut donner une cohérence au trafic d'agglomération lausannois et qui joue aussi le rôle de chantier de relance. Dans trente ans, on sera heureux d'avoir fait ce pari. Financièrement, on a pris des précautions, en calculant des taux de 5,5% alors qu'ils sont de 3,5% aujourd'hui. Sur le change aussi, il y a des réserves. Le montage est cohérent, et 31 millions de charges d'intérêt maximales à partir de 2007-2008 sont raisonnables en regard de l'enjeu. J'y crois. Comme l'individu a besoin de projets, une collectivité, une population ont besoin de projets porteurs d'avenir.

– Les Vaudois doivent-ils redouter une prochaine hausse d'impôts?

– A un moment donné, ce débat sera incontournable. Ce ne sera peut-être pas des hausses d'impôt, peut-être s'agira-t-il de taxes, mais il faudra débattre. La croissance des charges 2003 représente 306 millions, soit 100 millions pour la formation, 100 millions pour la santé, une quarantaine de millions dans la sécurité publique, dont le renforcement de la chaîne pénitenciaire, et les hausses statutaires.

A un moment donné, la question des standards en matière de santé et de social va se poser. Sans faire de chantage, il faudra demander: est-il souhaitable de mettre deux points d'impôt de plus, ou coupe-t-on dans cette prestation parce qu'on ne peut la financer? Ce débat aura lieu, il a même commencé, et les libéraux ont proposé deux points d'impôt en contrepartie du M2. Je pense que la question fiscale se posera dès la votation sur la suppression de l'impôt successoral. Si le peuple accepte de faire perdre 50 millions à l'Etat, il faudra bien trouver le moyen de compenser. C'est aussi pour ça que je me bats afin que l'or de la BNS revienne aux cantons.