Beat Kappeler est bien connu des lecteurs du «Temps». Economiste, ancien syndicaliste, toujours à l'aise quand il s'agit de pourfendre la pensée unique, il y tient une chronique chaque samedi. Comment diable ce libre penseur s'est-il laissé embarquer par le conseiller national UDC Ulrich Schlüer, l'un des députés situés le plus à droite de la droite, dans une diatribe contre l'adhésion à l'UE? C'est pourtant bien un texte signé de sa plume qu'on a pu lire en première page de la «Schweizerzeit», la revue nationaliste dont Schlüer est rédacteur en chef. Beat Kappeler aurait-il perdu tout sens de la mesure? Par esprit démocratique, on accepterait bien sûr – quoiqu'avec un pincement de cœur – qu'il se prononce contre le projet européen. Mais qu'il le fasse en ralliant le parti des fanatiques du «Sonderfall Schweiz», non!

Heureusement, nous n'aurons pas à nous disputer: Beat Kappeler n'était pas consentant. Son texte, paru en décembre dernier dans la «Weltwoche», a été repris et raccourci à son insu par la «Schweizerzeit», qui n'en a conservé que les passages les plus critiques à l'égard de l'UE, omettant notamment la conclusion, où l'ancien syndicaliste affirme que la Suisse devrait franchir le plus rapidement possible, et avec entrain, la porte de l'Europe. L'affaire n'en est pas terminée pour autant. La «Weltwoche» en veut à Ulrich Schlüer de lui avoir «piqué» un article et de l'avoir tronçonné. Pour sa défense, ce dernier affirme qu'il ne savait rien d'une première publication dans l'hebdomadaire zurichois. Dans sa dernière édition, la «Weltwoche» propose un marché à Ulrich Schlüer: «Des excuses en première page de la «Schweizerzeit» et un don de 300 francs au Nomes (le mouvement proeuropéen, ndlr).» Chiche? Sans rien exclure, le conseiller national s'est refusé jeudi à nous dévoiler ses intentions.