Le Conseil d'Etat fribourgeois s'investit dans la lutte contre le travail au noir. Dans un arrêté qu'il vient de rendre public, il définit sa stratégie en la matière pour les prochaines années. La priorité gouvernementale sera portée sur la prévention, couplée à des interventions ciblées. Les précisions de Beat Vonlanthen, directeur de l'Economie et de l'emploi.

Le Temps: Avez-vous des données précises sur l'ampleur du travail au noir dans le canton de Fribourg?

Beat Vonlanthen: Nous avons quelques indications. Depuis l'entrée en vigueur de la loi fédérale sur le travail au noir, le 1er janvier 2008, quelque 203 entreprises fribourgeoises, employant 690 travailleurs, ont été soumises à un contrôle. Parmi elles, trente-sept (18%) ont dû être dénoncées parce qu'elles ne respectaient pas la loi.

- Quel est le manque à gagner pour les finances cantonales?

- Il est difficile de le chiffrer précisément. Mais c'est clair que cela induit des contributions perdues pour le canton. Cela dit, nous entreprenons nos contrôles avant tout pour améliorer le sort des travailleurs, dont il s'agit de renforcer la protection sociale.

- Concrètement, comment s'articule votre action pour lutter contre le travail au noir?

- Nous agissons dans deux directions. D'abord la prévention, qui passe par un important travail de communication et de sensibilisation. Par exemple, le Service public de l'emploi se charge d'organiser des actions de formation au sein des entreprises de l'économie privée et des institutions publiques. Actuellement, un cours sur les conséquences du travail au noir est ainsi dispensé auprès de Gastro Fribourg. Il sera progressivement étendu à d'autres corps de métier. Ensuite, nous devons également exercer une répression, menée sous la forme d'interventions ciblées. Toute dénonciation fait bien sûr l'objet d'investigations. En outre, deux branches économiques seront examinées avec une attention particulière chaque année.

- Comment être sûr de l'efficacité de vos mesures?

- Les autorités compétentes informeront régulièrement le Conseil d'Etat sur le résultat de leurs activités. Cela servira de base pour la révision de la politique en la matière à la fin de l'année 2009. Nous comptons ensuite mener des évaluations périodiques, pour adapter notre stratégie si nécessaire.

- Allez-vous également mener une action visant les privés comme les ménages qui emploient du personnel de nettoyage, par exemple?

- Oui. Nous allons notamment nous efforcer de généraliser le chèque-emploi, qui permet d'assurer à ce type de travailleurs une protection sociale de base. Quelque 500 personnes sont d'ores et déjà inscrites dans le canton. C'est un instrument intéressant, qu'il s'agit de promouvoir encore davantage.