Devant la justice

Le couple, accusé d’avoir secoué et infligé encore d’autres fractures à ses jumeaux, a été acquitté ce lundi par le Tribunal de police de Genève. Dans une brève motivation orale, la présidente Anne-Isabelle Jeandin Potenza a précisé avoir acquis la conviction que l’un des parents est bien l’auteur de ces violences. Impossible toutefois de dire lequel, et impossible aussi d’affirmer que l’autre était présent ou pouvait empêcher ces actes.

Face à tant d’incertitudes, le père et la mère sont donc libérés de toutes les charges et reçoivent en prime des excuses pour l’extrême lenteur de cette procédure. «La justice dans son ensemble a failli. C’était beaucoup trop long», a conclu la présidente.

Ils se sont effondrés dans les bras l’un de l’autre. Heureux d’être enfin sortis de ces dix ans de «cauchemar», comme l’avait imploré le père à l’audience de jeudi dernier. La décision sera pourtant lourde à porter. En substance, celle-ci dit que l’un des parents est coupable des graves traumatismes subis par les nourrissons et que l’autre ne le savait peut-être pas. Ne pouvant décider de manière arbitraire qui a fait quoi, le tribunal acquitte ce couple.

Tort moral

Le jugement octroie 5000 francs de tort moral à chacun. C’est bien moins que les deux fois 100 000 francs réclamés par la défense pour une existence meurtrie par des accusations épouvantables. Les frais d’avocats du couple – les honoraires de Me Jacques Barillon ont toutefois été revus à la baisse par la présidente – sont également mis à charge de l’Etat.

La décision se base principalement sur l’expertise médicale qui conclut que les multiples lésions présentées par les bébés sont d’origine traumatique, nécessairement infligées et probablement causées en deux temps. La santé d’un des nourrissons a été gravement mise en danger mais pas celle de l’autre, relève la juge. Le même rapport établit une datation de trois jours à deux semaines avant l’hospitalisation, soit lorsque les jumeaux étaient sous la garde exclusive de leurs parents. De ce fait, le tribunal estime que le père ou la mère est forcément impliqué sans pouvoir lever les doutes qui subsistent sur le rôle de chacun, ni pouvoir affirmer qu’ils étaient toujours ensemble.

La thèse de la complicité d’un couple pris dans un huis clos infernal, puis uni dans la croyance de son innocence, thèse soutenue par la procureure Gaëlle Van Hove, n’a pas convaincu. Pas plus que les dénégations de la défense, représentée par Mes Jacques Barillon et Daniel Brodt, qui évoquait des pistes non explorées par la justice.

A la sortie de l’audience, toutes les parties affichaient donc une satisfaction contenue. Egalement Me Lorella Bertani, curatrice, pour qui le plus important était finalement de reconnaître l’existence du traumatisme subi à la maison. Une maison dans laquelle ces enfants grandissent visiblement bien depuis dix ans, sans séquelles particulières et sans qu’aucun service ne s’inquiète de leur évolution.