Transfert

Belprahon et Sorvilier restent dans le canton de Berne

Les deux communes bernoises renoncent à suivre leur grande soeur Moutier dans le canton du Jura

Les villages bernois de Belprahon, 320 habitants, et Sorvilier, 300 âmes, ne rejoindront pas le canton du Jura. Les citoyens de la première des deux communes ont choisi dimanche par 121 voix contre 114 de rester dans le canton de Berne. La participation s'est élevée à 98%, soit 237 des 242 citoyens. Quant aux habitants de Sorvilier, ils ont également décidé de rester bernois, par 121 voix contre 62. Ce double constitue l'épilogue de la Question jurassienne.

Lire aussi: A Sorvilier, ultime duel entre pro-bernois et autonomistes

A l'issue d'une campagne sans tension, Belprahon n'a pas voulu suivre la ville de Moutier dans le canton du Jura. Ce résultat constitue une surprise dans la mesure où la localité est considérée aujourd'hui comme un quartier de la cité prévôtoise.

Trois observateurs fédéraux

Les citoyens ont considéré qu'ils pouvaient conserver ce lien étroit avec la commune centre qu'est Moutier même en n'étant pas dans le même canton. Le projet de fusion sur lequel se prononceront les villages voisins cet automne a aussi pu influencer leur choix.

Une majorité des citoyens ont donc été réceptifs aux arguments du Conseil-exécutif bernois qui les avait appelés durant la campagne à choisir la stabilité, en votant non à un rattachement au canton du Jura. L'Exécutif cantonal a promis à la population un avenir serein.

Comme pour le scrutin de Moutier, le gouvernement bernois avait mis en place des mesures pour garantir des votations «irréprochables». L'Office fédéral de la justice (OFJ) avait de son côté dépêché trois observateurs à Belprahon pour suivre le vote et les opérations de dépouillement.

A Sorvilier, le résultat a été accueilli dans le village par des acclamations et un concert de klaxons, a constaté un journaliste de l'ATS sur place. Au contraire de Belprahon, ce résultat ne constitue pas une surprise dans la mesure où Sorvilier aurait formé une enclave jurassienne en terres bernoises.

Enclave jurassienne

Cette perspective a pu effrayer certains citoyens. Le Gouvernement jurassien avait tenté de rassurer la population en affirmant qu'il n'y voyait aucun problème sur le plan administratif et politique. Il relevait que les enclaves constituaient une réalité en Suisse et qu'elles fonctionnaient à satisfaction. L'Office fédéral de la justice (OFJ) avait de son côté dépêché deux observateurs à Sorvilier pour suivre le vote et les opérations de dépouillement.

Ce double restait entouré d'un certain flou juridique. Au moment où ils se prononçaient, les citoyens de Belprahon ne savaient pas si le vote de Moutier était définitivement validé. La préfecture du Jura bernois doit en effet statuer sur 12 recours liés au vote de la cité prévôtoise.

Les autorités communales avaient annoncé qu'elles n'organiseraient un vote sur leur appartenance cantonale que si Moutier rejoignait le Jura. A Belprahon, le vote du 24 novembre 2013 sur le principe de création d'un canton regroupant Jura et Jura bernois avait débouché sur une égalité de voix.

Déroulement correct

A l'issue du double scrutin, le responsable des observateurs fédéraux, Jean-Christoph Geiser, a indiqué que tout s'était déroulé «de manière correcte». Les cinq juristes neutres de l'OFJ ont supervisé le contrôle des cartes de légitimation et scellé les urnes utilisées pour les scrutins.

Le but de cette mission d'observation était de garantir la régularité du scrutin et d'éviter, dans la mesure du possible, tout recours contre les résultats qui s'annonçaient très serrés. Le déploiement d'observateurs fédéraux avait été convenu dans le cadre des conférences tripartites, qui regroupent les gouvernements cantonaux bernois et jurassien sous la présidence de la conseillère fédérale Simonetta Sommaruga, et à la demande des deux communes.

Le processus visant à trouver une solution politique à la question jurassienne prend ainsi fin. Le 10 novembre 2017, lors d'une cérémonie qui se tiendra à Moutier, l'accord sur l'institutionnalisation du dialogue interjurassien, conclu il y a 23 ans, sera dénoncé, avec pour effet la dissolution de l'Assemblée interjurassienne.

Jurassiens déçus, Bernois satisfaits

De son côté, le Gouvernement jurassien a exprimé sa déception. Il a dit respecter ce choix, mais a regretté le climat «délétère» autour du vote suite aux recours sur Moutier. Il a souligné que la question jurassienne était désormais réglée sur le plan politique. Les autorités jurassiennes vont maintenant se concentrer sur le transfert de Moutier, un processus qui va avancer rapidement, selon la présidente de l'exécutif Nathalie Barthoulot.

Quant au gouvernement bernois, il ne cachait pas sa satisfaction. Son président Bernhard Pulver et le représentant de sa partie francophone, Pierre-Alain Schnegg, ont même parlé de «journée historique». Il est temps désormais que tous les camps serrent les rangs et consacrent ensemble leur énergie au développement de leur commune, ont-ils ajouté. ATS

Publicité