L’abbé Wendelin Bucheli ne s’attendait sans doute pas à créer tant de vagues, lorsqu’il a pris la décision de bénir un couple de femmes homosexuelles en octobre dernier. Ce geste lui a valu l’opprobre du très conservateur évêque de Coire, Vitus Huonder, qui a réclamé sa démission. Lui refuse de quitter sa commune et espère trouver un accord avec l’évêché dans les jours à venir. Il veut «ramener le calme et la paix dans sa paroisse», a-t-il déclaré lors de la messe de dimanche dernier.

«En accordant sa bénédiction à ces femmes, Wendelin Bucheli n’a pas voulu donner un signe en faveur d’une plus grande ouverture de l’Eglise à l’égard des couples homosexuels», affirme Peter Vorwerk, vice-président du Conseil de paroisse de l’église de Bürglen. Les résonances de son geste, pourtant, dépassent largement cette petite commune de 4000 âmes du canton d’Uri, où Wendelin Bucheli officie depuis une dizaine d’années. Sur le Net, une pétition en faveur du maintien du prêtre dans sa paroisse a récolté près de 38 000 signatures.

L’appel du pape François

La polémique éclate au moment même où le pape François ouvre un débat sur la famille et la place accordée aux homosexuels au sein de l’Eglise. Depuis son élection en mars 2013, le pape, dans ses discours, incite les catholiques à faire un pas vers les familles qui ne correspondent pas au modèle traditionnel fondé sur l’union entre un homme et une femme: mères célibataires, divorcés souhaitant se remarier, couples homosexuels. Le thème est à l’ordre du jour du Synode des évêques sur la famille, qui s’est réuni à Rome en octobre et doit se poursuivre l’automne prochain. D’ici là, tous les diocèses sont appelés à débattre de ces questions. La Conférence des évêques suisses (CES) a relayé cet appel, invitant les catholiques à mener des discussions au sujet de la famille et du mariage. Les fidèles ont jusqu’au 27 mars pour transmettre le fruit de leurs réflexions, qui sera relayé à Rome.

Mais voilà qu’un débat qui se déroulait dans l’intimité des salles de paroisse éclate soudain sur le devant de la scène. La position de la Conférence des évêques suisses n’a pas changé depuis 2002, lorsqu’elle rendait publique une note pastorale sur ce thème: «Les homosexuels peuvent être bénis, mais pas la conclusion (Schliessung) de leur union». Les évêques réaffirmaient le caractère unique du mariage entre un homme et une femme, orienté vers la procréation, et sans lequel «la société humaine ne pourrait pas se maintenir». L’Eglise rejette tout rite qui ressemble de près ou de loin au sacrement réservé aux seuls couples hétérosexuels.

A Bürglen, la bénédiction a eu lieu en public, dans l’église. Une annonce a ensuite été publiée dans une feuille d’information de la paroisse sur les mariages, les baptêmes et les funérailles, indique Peter Vorwerk, qui ajoute: «Le prêtre doit à présent discuter avec l’évêque pour expliquer s’il comptait bénir des personnes ou leur relation.» «La bénédiction d’un couple homosexuel pose problème à l’évêché lorsqu’elle imite le mariage. Il y a une ouverture sur ces questions, mais plutôt du côté des pratiques que de l’Eglise officielle», explique Arnd Bünker, directeur de l’Institut suisse de sociologie pastorale.

Dans une enquête d’opinion, réalisée début 2014 auprès des communautés catholiques de Suisse dans la perspective du Synode de Rome, 60% des croyants se sont déclarés favorables à la bénédiction des couples de même sexe par l’Eglise. Et il n’est pas rare que des prêtres, en Suisse, prennent des libertés à l’égard de la doctrine et bénissent des couples homosexuels. Ainsi Hannes Kappeler, abbé de la paroisse de St. Josef, à Zurich, racontait en février dans le Tages-Anzeiger avoir béni quelque septante couples gays. Pour la fête de la Saint-Valentin, l’église de Berne organise des cérémonies de bénédictions ouvertes à «tous ceux qui s’aiment», également aux couples de même sexe, rapporte le site d’information catholique Kath.ch, qui énumère d’autres cas. La bénédiction n’est d’ailleurs pas destinée uniquement aux couples: certaines paroisses organisent des cérémonies pour les motards, les ambulanciers, ou encore pour les animaux domestiques.