Portrait

Benoît Gaillard, urbain intense 

Fière relève du socialisme lausannois, le jeune président du PS mène la campagne pour les élections de l'après-Brélaz 

La passion de la politique, c'est celle qui vous permet de bosser jusqu'à deux heures du matin sur les prochaines élections et de ne pas montrer le lendemain le moindre signe de fatigue. Il y faut aussi de la jeunesse et Benoît Gaillard a les deux.

Le président des socialistes lausannois a trente ans et un objectif immédiat: gagner les communales du 28 février. La routine pour un parti qui domine la ville depuis un quart de siècle? Il proteste: «Le recrutement des candidats a commencé deux ans déjà avant le scrutin, nous présentons la première liste paritaire de l'histoire lausannoise, il y a eu une démarche participative sur le programme électoral, il n'y a pas d'assoupissement, je vous assure.» 

Mais c'est vrai, le long règne de la gauche plurielle n'est pas favorable à la mobilisation, même si le départ du syndic vert Daniel Brélaz permet à la majorité de se renouveler. Le politicien socialiste en profite pour égratigner les adversaires libéraux-radicaux, qui frémissent à l'espoir d'un redressement, sur la vague des élections fédérales:  «Je crains que nous n'allions vers plusieurs semaines de débat sans fond. Ils se contentent de dire qu'on pourrait faire mieux à la Municipalité avec deux PLR au lieu d'un seul, mais ils n'ont pas de vision à opposer à la nôtre. C'est bon pour notre politique, c'est mauvais pour le débat démocratique.»

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Une vision pour la capitale vaudoise, laquelle au fond? Celle de Benoît Gaillard est faite de convivialité, de qualité de vie, pour les enfants, les actifs, les personnes âgées. «Nous sortons d'une époque fonctionnelle où l'on s'occupait en quelque sorte des stocks et des flux, dit-il. Le destin des villes est maintenant de garantir les conditions dans lesquelles les familles aient envie de travailler mais aussi de vivre, la voie des villas à la campagne étant désormais barrée.»

Quels nouveaux projets?

Au moment où le métro, l'extension de la gare ou le projet d'urbanisme Métamorphose sont réalisés ou en cours d'exécution, le jeune président de parti estime qu'il ne serait pas responsable de lancer d'autres grands travaux. «Travaillons plutôt à leur donner du sens. Dans la population, on entend de plus en plus fréquemment la question: «mais pourquoi, pour qui fait-on cela?» L'incontournable densité urbaine à laquelle ces chantiers doivent servir demande encore un travail de conviction. Mais le défi est passionnant.» 

Fils du journaliste Michel Zendali et d'une enseignante qui lui a donné son nom, Benoît Gaillard a toujours entendu parler politique à la maison. Gymnasien, il manifeste sur la place fédérale contre la guerre en Irak. A 20 ans, étudiant en lettres, il adhère au Parti socialiste. Il est tenté par l'extrême-gauche, mais le désir de se frotter aux réalités concrètes de la politique sera le plus fort.

Une carrière sur des chapeaux de roues

Les choses vont vite. Conseiller communal en 2011, il accède deux ans plus tard à la présidence de son parti. Entre temps, la conseillère d'Etat Nuria Gorrite l'a engagé dans son état-major. Ce brillant élément est issu de la fabrique de politiciens du PS lausannois mise en marche par Pierre-Yves Maillard, il ne se réduit pas pourtant à ce profil d'apparatchik.

«C'est un spin doctor capable de vendre lui-même le produit», admire un adversaire politique. Orateur, redoutable débatteur sur tous les sujets, Benoît Gaillard envoie ses adversaires dans les cordes, sans pitié pour leurs contradictions ou faiblesses, même quand il sait que le vote est déjà acquis.  «Il n'a aucune écoute pour nos propositions et porte avec arrogance son statut majoritaire en ville», dénonce un élu UDC.

Pas d'expérience dans l'opposition

Il manque peut-être à Benoît Gaillard d'avoir fait l'expérience de l'opposition. Il s'en défend. A la Jeunesse socialiste, alors que celle-ci renaissait de ses cendres sous la direction de Cédric Wermuth, son contemporain, il a oeuvré dans le comité de l'initiative 1:12 pour des salaires équitables. «On était bien seuls et on savait qu'on allait perdre.»

Au reste, notre impitoyable est aussi convivial. Ses amis disent son humour, son leadership intégrateur, la liberté d'esprit qu'il conserve de ses études de philosophie. Il a contribué à l'évolution de socialistes lausannois pour la politique de sécurité, un sujet sur lequel il admet avoir «fait beaucoup de chemin».

Benoît Gaillard est l'époux de la conseillère nationale Rebecca Ruiz, à laquelle il a du reste succédé à la présidence du PS lausannois. Un mariage de la politique et de l'amour que l'on retrouve dans d'autres couples de socialistes aux affaires, à commencer par celui que Grégoire Junod, candidat syndic, forme avec la sénatrice Géraldine Savary. De quoi susciter nombre de commentaires sur l'influence réelle ou supposée de ces ménages. Qu'en dit-il? «Nous prendrions la situation au sérieux si elle menaçait la crédibilité des intéressés, mais je ne pense pas que nous en soyons là. C'est un concours de circonstances. Beaucoup de conjoints se rencontrent au travail, ce n'est pas très différent chez nous.»

Les risques de l'endogamie politique

Sauf que l'endogamie politique renvoie à un soupçon plus large, celui d'une emprise excessive et clanique des socialistes sur la vie politique, dignes successeurs en cela des radicaux à leur grande époque. «Cela plus n'a rien à voir, rétorque Benoît Gaillard. Depuis lors, les exigences légales se sont imposées en matière de conflits d'intérêt, de transparence, d'attribution des marchés publics.» Au temps des couples politiques, il n'y a plus de scandale de cousinage.

Ses convictions de jeune responsable socialiste en 2016? «Là où nos valeurs se distinguent encore des autres, c'est dans le communautaire. Nous croyons à un destin collectif dans un monde qui tend à s'individualiser. Cela vaut pour les services publics, la redistribution, la protection sociale. Et la ville bien sûr. Je ne veux pas d'une ville où l'on ne fasse que se côtoyer, sans espaces de rencontre ni partage de rituels.» 

Tout de même. Dans les arcanes de la politique cantonale le jour, président de parti en campagne le soir, est-ce une vie quand on a trente ans et qu'on est également jeune mari et jeune père?  «Il y a des moments où c'est trop, je ne le nie pas. Mais je vis la politique comme une passion. J'ai besoin de faire les choses avec intensité. C'est ma vie aujourd'hui, pas pour toujours.» 

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