Votations fédérales

Benoît Genecand: «L’initiative pour une économie verte est pire qu’Ecopop»

Le comité d’opposition à l’initiative des Verts entre en scène. La campagne s’annonce musclée. Le premier sondage donne l’initiative gagnante

Alors que le premier sondage la donne gagnante à 61%, les opposants à l’initiative «Pour une économie durable et fondée sur une gestion efficiente des ressources» ont lancé leur campagne lundi. Le conseiller national Benoît Genecand (PLR/GE) s’oppose à ce texte.

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Le Temps: Avez-vous été surpris par le résultat du sondage, qui donne l’initiative gagnante également dans votre parti?

Benoît Genecand: Ce résultat n’est pas étonnant. Qui est contre le principe de l’économie verte? Personne. Si l’on ne connaît que le titre de l’initiative, on est tenté de voter oui. A nous maintenant d’expliquer ce qu’il y a derrière, ce que ça implique et ce que ça va coûter. Si, le 25 septembre, une majorité décide de soutenir cette initiative en connaissance de cause, je m’inclinerai. Je suis un démocrate.

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– N’est-il pas légitime de demander aux entreprises de produire en préservant les ressources naturelles?

– L’objectif visé par l’initiative, à savoir la gestion efficiente des ressources, est légitime. Il ne pose aucun problème. La plupart des entreprises ont le souci de préserver les ressources. Je suis administrateur dans une société de traitement des déchets. Je vois bien ce qui se fait, aussi bien pour le tri des déchets que pour le recyclage des métaux, plastiques, bois. La société vient d’investir 3,5 millions dans une nouvelle chaîne de tri automatique. On fait déjà beaucoup et l’on peut sans doute aller plus loin, notamment dans la séparation des déchets ménagers.

– Les opposants disent que l’initiative posera problème à différents types de PME, comme les boucheries, les boulangeries, le commerce de détail. Faut-il comprendre que ces branches ne font pas assez d’efforts volontaires?

– Pas du tout. Ces PME seront touchées quels que soient les efforts qu’elles auront faits de manière spontanée. Les objectifs visés par l’initiative sont impossibles à atteindre dans les délais prévus, soit d’ici à 2050. Il faudra donc nécessairement prendre des mesures drastiques en matière de consommation des ressources. L’Etat devra émettre des prescriptions plus sévères et introduire des taxes. Ce sera inévitable.

– Dans votre argumentation, vous dites «adieu à la viande dans votre assiette». N’est-ce pas exagéré?

– Non. L’élevage et la production de viande relèvent presque du luxe. Pour produire un kilo de viande, il faut des surfaces très importantes. L’empreinte écologique est forte. S’il faut réduire celle-ci de deux tiers, il faudra prendre des mesures draconiennes, notamment dans les domaines de la mobilité et de la consommation. Les Suisses mangent beaucoup de viande. Ils devront diminuer cette consommation.

– Des mesures draconiennes sont-elles vraiment inévitables? N’est-il pas possible d’envisager la réduction de cette empreinte écologique de manière souple?

– Parlons de cette empreinte écologique. C’est un concept récent et complexe, qui requiert 4000 inputs et 10 000 calculs. Le résultat pour la Suisse, calculé grossièrement il faut le dire, se situe à environ trois équivalents planète, c’est-à-dire qu’il faudrait trois fois les ressources de la Terre pour satisfaire les besoins de la Suisse en termes de consommation. Ce concept était en vogue lorsque l’initiative a été lancée. Il l’est moins aujourd’hui et nombreux sont ceux qui doutent de sa validité. J’en fais partie. Si l’initiative était acceptée, la Suisse serait le premier pays à inscrire la notion d’empreinte écologique dans sa Constitution. Si la Suisse poursuit seule cet objectif, elle aura moins d’industries, moins d’emplois et moins de richesses. Il ne serait intelligent ni économiquement ni écologiquement de ne l’appliquer que dans un seul pays, en l’occurrence le nôtre.

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– Les initiants disent que les objectifs font écho au masterplan de la Confédération en matières de cleantech et d’innovation.

– Ils passent sous silence le calendrier qu’ils veulent imposer: la réduction de deux tiers de l’empreinte écologique de la Suisse doit se faire d’ici à 2050, c’est-à-dire en à peine plus de trente ans. Le masterplan fédéral ne fixe aucune date. C’est une différence fondamentale. Les objectifs sont semblables, mais pas les moyens d’y parvenir, c’est-à-dire des prescriptions et des taxes qui ruineront notre économie.

– N’y a-t-il aucun moyen d’échapper à ces taxes et prescriptions?

– Bien sûr que non. Ce que l’initiative réclame, c’est une révolution économique. Et, si je sais bien lire, les mots «prescriptions» et «taxes» figurent bel et bien dans le texte. Je n’ai aucune compréhension pour ceux qui disent que seuls les objectifs comptent et qu’on n’aura pas besoin de taxes ou de prescriptions. Qu’ils nous présentent une étude démontrant qu’on pourra réduire l’empreinte écologique de la Suisse d’ici à 2050 dans les proportions exigées sans passer par des taxes. Qu’ils nous disent quelle évolution démographique on aura, quelle immigration on aura. Car pour atteindre les objectifs qu’ils visent, il faudra le moins de population possible. Cette initiative est pire qu’Ecopop.

– Quelles pourraient être les coûts pour l’économie?

– L’outil principal serait certainement la taxe CO2. A 84 francs par tonne aujourd’hui, elle est déjà supérieure à ce qui se fait dans de nombreux pays. Elle devrait passer à 350 voire 400 francs la tonne. Et le Conseil fédéral aurait la possibilité d’introduire d’autres taxes, par exemple sur les mètres carrés des logements en fonction du nombre de personnes, puisque cela contribue aussi à l’empreinte écologique.

– Pensez-vous sérieusement que la majorité de droite du parlement, à laquelle vous appartenez, votera des taxes ou prescriptions hostiles à l’économie si l’initiative passe?

– Je sais que les initiants le pensent, mais ce raisonnement me dépasse. Il est démocratiquement dangereux. Cela veut dire que, si l’initiative est acceptée, le parlement violera la Constitution. Je le répète: si ce texte est accepté et que les objectifs restent hors de portée, il faudra édicter des prescriptions et adopter des taxes car ce sera une exigence constitutionnelle. Je dis la même chose pour l’initiative sur l’immigration: le mot «contingent» en fait partie. Je ne vois pas comment on peut y échapper.

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