Portrait

Benoît Greindl veut donner un sens à la vie professionnelle

Le Belge a une certitude: il faut changer le monde entrepreneurial. Il multiplie les projets pour aider les sociétés intéressées à évoluer

«On a deux vies, et la deuxième commence quand on se rend compte qu’on n’en a qu’une», disait le philosophe chinois Confucius. La deuxième vie de Benoît Greindl a débuté en Chine, au milieu des années 2000, alors qu’il avait une quarantaine d’années. L’éloignement, la culture différente et une bonne dose de réflexion personnelle conduisent ce Belge, actif dans le service immobilier aux entreprises, à une évidence: il faut changer le monde entrepreneurial et mettre du sens au cœur de la mission des entreprises.

Depuis son retour sur le Vieux-Continent en 2010, après cinq ans à Shanghai, Benoît Greindl multiplie les projets avec, toujours, cette même volonté en ligne de mire: repenser le mode opératoire des entreprises. «De plus en plus de gens se rendent compte qu’il faut agir différemment, mais ils ne savent pas comment faire», souligne-t-il. Il leur propose dès lors de les accompagner dans leur réflexion et leurs actions, notamment grâce à la dernière-née de ses sociétés: B way. «Nous accompagnons des entreprises dans leur transformation pour qu’elles obtiennent la certification B Corp», explique-t-il.

Ce label est octroyé à des sociétés qui «répondent volontairement aux normes les plus élevées de transparence, de responsabilité et de performance sociétales». Elles sont plus de 2800 à travers le monde. En Suisse, c’est le projet Montagne alternative qui a été le premier à recevoir cette certification, il y a cinq ans. A sa tête: Benoît Greindl. Ce concept hôtelier, regroupant un ensemble de granges entièrement rénovées, est logé dans un hameau situé dans le val d’Entremont (VS). Un véritable laboratoire vivant pour le Belge.

Des séminaires au vert

«Nous accueillons des séminaires résidentiels pour toute entreprise désirant se mettre au vert. Nous y organisons aussi des séminaires thématiques avec des leaders qui veulent évoluer et sont inspirés par ce magnifique site et le concept de reconversion», se réjouit Benoît Greindl. La transformation doit se faire à plusieurs niveaux. «De chef de guerre, le leader devient un chef d’orchestre, ce qui influence la culture et l’organisation de l’entreprise. De nouveaux mesureurs du succès sont également indispensables pour évaluer la création de valeur sociétale», explique Benoît Greindl. C’est ce que B way promeut.

Le virage est à 180 degrés par rapport au modèle que l’on connaît aujourd’hui. L’humain et la nature sont au cœur de cette philosophie. «Aujourd’hui, nous mesurons le succès d’une entreprise en analysant l’argent qu’elle a généré. Mais le seul fait de gagner de l’argent n’est pas une fin en soi, même si c’est une nécessité, insiste Benoît Greindl. L’argent, c’est un peu comme le sang dans le corps: il est nécessaire pour irriguer les organes, mais il doit circuler, sinon il coagule.»

Pour Benoît Greindl, le succès réside dans de nombreuses autres facettes de l’entreprise: l’engagement et la satisfaction des employés, ceux des clients, la gouvernance ou encore l’impact environnemental de la société. Ce sont ces éléments qui lui permettront de performer à long terme. «Si l’entreprise arrive à être bénéfique pour toutes ses parties prenantes, elle va attirer à elle de plus en plus de clients, d’investisseurs ou de collaborateurs. C’est une spirale vertueuse.» Dans ce nouveau paradigme, pour gagner, il ne faut pas faire perdre l’autre. Au contraire. «On est dans une équation «win-win-win-win.»

Tirer un trait sur la hiérarchie pyramidale

Pour y arriver, le chemin n’est pas simple. Il faut réinventer l’entreprise. Sa culture doit être revue, pour que tout son personnel puisse s’épanouir au travail. Il faut également en modifier l’organisation, pour la libérer. Fini la hiérarchie pyramidale très figée et contraire à la créativité. Place à un organigramme plus flexible.

«Il faut humaniser l’organisation, insiste Benoît Greindl. Par le passé, on a toujours tout misé sur les compétences cognitives des personnes, en laissant les émotions, la quête de sens ou le bien-être à la maison. Mais l’humain a des hauts et des bas, son engagement au sein de l’entreprise dépend de multiples facteurs. Il faut les prendre en considération pour qu’il s’épanouisse en travaillant. Il sera ainsi motivé par le sens qu’il donne à son action.»

Pour rendre sa vision plus compréhensible, Benoît Greindl la compare au système politique suisse. «Politiquement, la Suisse est une entreprise libérée. C’est une démocratie bottom-up, décentralisée, dans laquelle le citoyen a quelque chose à dire. C’est cela que l’on souhaite dans les entreprises: décentraliser le pouvoir et le donner localement aux différentes entités de la société.»

Des entreprises bio-inspirées

Ces nouveaux modes d’organisation sont en quelque sorte des écosystèmes. La comparaison n’est pas anodine, car il est primordial pour Benoît Greindl de créer des entreprises «bio-inspirées». «On a été longtemps dans une logique extractive par rapport à la Terre. On pensait qu’on pouvait l’exploiter sans limite. Mais on se rend compte qu’en agissant comme ça, on la tue. La nature, c’est 4 milliards d’années de recherche et développement. Il y a des processus, comme la photosynthèse, qui sont beaucoup plus forts et intelligents que tous ceux que l’homme a inventés. Nous devons changer de posture et nous inspirer de la nature, car toute forme d’activité qui n’est pas compatible avec les lois universelles de la nature est vouée à disparaître.»


Profil

1965 Naissance à Bruxelles.

1990 Cofonde DBAssociates, qu’il vend en 2004.

1994 Mariage avec Alexia.

2005 Cofonde Realys Group, qu’il vend en 2011.

2006 Cofonde Montagne alternative.


 

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