L'ancien préfet de la Veveyse et ex-conseiller national UDC Bernard Rohrbasser se trouve en détention préventive depuis le 15 novembre dernier pour une affaire de recel et d'abus de confiance. Ce taxidermiste, reconverti à la politique mais surtout aux opérations financières calamiteuses, a déjà défrayé la chronique en s'engageant, au nom de la préfecture, à récolter 430 000 francs pour le film Jacques et François, de Francis Reusser. Une promesse non tenue qui lui avait coûté son fauteuil au Château de Châtel-Saint-Denis et valu la suppression du tiers de sa pension de retraite. Aujourd'hui, des ennuis plus graves encore semblent le rattraper.

Difficile d'en savoir plus sur les raisons qui ont conduit ce politicien haut en couleur, habitué des promenades à cheval dans son district et surnommé «le cow-boy», à se retrouver sous les verrous. La juge d'instruction fribourgeoise Françoise Morvand confirme l'arrestation de l'intéressé, révélée hier par le journal La Gruyère, tout en précisant qu'un Français a également été interpellé dans le cadre du même dossier. Des mesures justifiées par le risque de collusion. Enfin, les faits reprochés à l'ancien préfet auraient été commis à une époque où il avait déjà quitté ses fonctions. Les déboires financiers de Bernard Rohrbasser ne sont pas limités à son soutien un peu cavalier de l'art cinématographique. Outre ses ennuis avec le fisc et d'autres créanciers qui avaient voulu saisir sa maison avant de trouver un arrangement, l'ancien préfet est également apparu dans la fumeuse affaire de transit de «mercure rouge» à destination de l'Arabie saoudite. Avec cette manie de signer des lettres officielles, il avait écrit sur papier du Conseil national qu'il se portait garant de cette opération après, disait-il, s'être assuré de la légalité de la chose auprès des autorités fédérales. Tout comme la création d'un centre de haute technologie avec des investisseurs russes, la vente de soi-disant matériaux nucléaires est tombée à l'eau. Acculé à la démission en 1997 après dix-huit ans de règne sur le district de la Veveyse, endetté jusqu'au cou, celui que d'aucuns saluaient volontiers comme un homme hospitalier, généreux à l'excès et enthousiaste, a bien essayé de se refaire une santé financière en se lançant dans la commercialisation de cigarettes ou l'importation de crevettes de Madagascar. Apparemment sans plus de succès.