L'Office fédéral de la Justice suisse (OFJ) accepte d'extrader vers les Etats-Unis un chercheur chinois accusé d'avoir fait usage de secrets commerciaux volés dans une usine du groupe pharmaceutique britannique GlaxoSmithKline (GSK). Le prévenu peut faire recours.

La décision a été prise le 12 juillet. Le chercheur accusé d'avoir violé le secret des affaires dispose de 30 jours pour adresser un recours au Tribunal pénal fédéral (TPF). Le délai part au moment de la réception de la décision par l'avocat, a précisé à l'agence de presse ATS la porte-parole de l'OFJ Ingrid Ryser, revenant sur une information de l'AFP.

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Une première demande rejetée

Dans une autre décision remontant au 19 juin dernier, le TPF avait rejeté une demande de libération présentée par le prévenu, âgé de près de 50 ans. Ce dernier contestait tout risque de fuite, soulignant ses liens étroits avec la Suisse où il vit depuis 20 ans avec sa famille. Les juges avaient cependant estimé que vu la peine encourue aux Etats-Unis – jusqu'à 20 ans de prison – le risque est réel de voir l'intéressé se soustraire à son extradition.

Il avait 10 jours pour faire recours contre cette décision, mais n'a pas utilisé ce droit, a précisé mardi Ingrid Ryser.

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Une sœur qui a plaidé coupable

L'homme est le frère d'une biochimiste qui a plaidé coupable l'an dernier aux Etats-Unis dans cette affaire de vol de secrets commerciaux sur les travaux de GSK dans le secteur de la biopharmacie et notamment sur le traitement du cancer et autres maladies graves.

La Cour fédérale du district est de Pennsylvanie enquête sur l'affaire depuis 2016. Cinq personnes ont été inculpées en tout, dont trois avaient formé une entreprise baptisée Renopharma Inc., un groupe établi au Delaware avec des filiales à Nankin et Shanghai, en Chine.

La biochimiste, qui a travaillé pour GSK de 2006 à 2016, a été présentée par la justice américaine comme l'une des «principales biochimistes dans le domaine des protéines au monde».

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Une «guerre économique»

Selon les enquêteurs américains, l'homme arrêté en Suisse, qui travaillait à Bâle pour le Friedrich Miescher Institute for Biomedical Research (FMI), aurait effectué des tests en Suisse grâce à des informations volées par sa sœur dans le centre de recherche de GSK à Uppon Merion, en Pennsylvanie.

Le 18 juillet 2018, l'ambassade des Etats-Unis à Berne a demandé son arrestation à des fins d'extradition. Le chercheur a été interpellé le 28 mai dernier dans le canton de Bâle-Campagne. Selon une porte-parole du FMI, Isabelle Baumann, citée par l'AFP, l'homme y a travaillé «en tant que stagiaire postdoctoral de 2008 à 2014».

Le Département américain de la Justice a qualifié l'an dernier cette affaire de «guerre économique», affirmant que Renopharma est «financée par le gouvernement chinois».