Visite

A Berne, Angela Merkel défend une politique d’asile européenne

En visite officielle à Berne, la chancelière allemande ne s’est guère risquée sur le terrain des discussions entre la Suisse et la Commission européenne après le vote sur l’article contre l’immigration de masse. Par contre, elle a défendu son plan d’une politique européenne de l’asile

A Berne, Angela Merkel bouscule la politique d’asile

Diplomatie L’afflux de migrants a dominé la visite de la chancelière

Angela Merkel ne s’est pas risquée dans les relations Suisse-UE

Pour la deuxième visite de la chancelière Angela Merkel, sept ans après son incursion éclair dans la capitale helvétique, Berne avait sorti les tapis rouges et organisé les honneurs militaires. Signe que depuis quelques années, et avec la paix fiscale, les relations entre les deux «sœurs», selon le mot de la présidente de la Confédération Simonetta Sommaruga, sont devenues plus étroites.

Mais les Suisses, qui attendaient un appui allemand pour sortir leurs relations bilatérales avec l’UE de l’impasse, auront dû se contenter d’un conseil: «L’expérience politique nous apprend que s’il y a une volonté et un esprit de dialogue, il n’y a aucun problème politique qui ne trouve une solution.» Malgré tout, l’Allemagne soutiendra les discussions entre la Suisse et la Commission pour trouver une solution, «aujourd’hui difficile» selon Angela Merkel.

C’est l’afflux massif de migrants en Europe qui aura dominé les discussions entre la chancelière et la présidente de la Confédération. Ce fut aussi le cas lors des échanges avec les étudiants de l’Université de Berne, à l’occasion de la remise du titre de docteur honoris causa à la chancelière.

Depuis plusieurs semaines, face à l’accélération de la crise migratoire, la chancelière bouscule l’Europe. D’abord en décidant de ne plus renvoyer les réfugiés syriens dans le pays de premier accueil. Ensuite en soutenant une répartition équitable de la charge entre les Etats signataires de l’accord de Dublin. Enfin en préconisant, en contact étroit avec la France, une politique européenne d’asile commune.

Notamment avec un mécanisme permanent et obligatoire de quotas contraignants qui sera soumis au Conseil européen du 14 septembre. Ce projet de politique commune est élaboré en contact étroit avec le président François Hollande, a précisé la chancelière.

La Suisse en soutient aussi le principe, insistant à la fois sur la solidarité entre Etats, mais aussi envers les personnes qui cherchent asile. Pour Simonetta Sommaruga, qui a remercié Angela Merkel pour sa ferme condamnation de la haine raciale et des incendies criminels en Allemagne, l’Europe doit rester fidèle à ses valeurs et offrir une protection humainement digne aux réfugiés reconnus.

Alors que le Conseil national doit débattre mercredi de la restructuration du domaine de l’asile, avec une accélération de la procédure, la présidente suisse et ministre de la Justice n’a pas manqué de présenter sa réforme comme un modèle possible pour l’Europe. Il y a un enseignement à en tirer, a reconnu la chancelière, qui doit faire face à un flux de migrants venus des Balkans qui ralentissent la procédure et pour lesquels les conditions d’octroi de l’asile ne sont pas établies.

Face aux étudiants de l’Université de Berne, la chancelière a eu l’occasion de détailler le projet de politique d’asile commune. Il s’agit de mettre en place aux frontières de l’Europe, notamment en Grèce et en Italie, des centres d’enregistrement européens permettant de faire le tri entre migrants économiques et réfugiés. Ces derniers seraient ensuite répartis entre les Etats membres de Dublin, en tenant compte de la situation économique et sociale de ces derniers. «Mais, face aux flux constants de migrants, il est impossible de fixer un chiffre précis, a prévenu Angela Merkel. Il s’agit d’abord d’en faire accepter le principe par tous.»

Le problème, c’est que la question de la répartition est urgente. La Commission européenne aurait ainsi demandé aux Etats membres de se répartir 120 000 réfugiés supplémentaires au sein de l’UE en raison de la situation explosive en Grèce, en Italie et en Hongrie. «On ne peut pas laisser ces pays supporter seuls le poids des vagues de migrants», a insisté la chancelière. La Suisse, même si elle n’est pas membre, a déjà annoncé vouloir accueillir 3000 Syriens parmi les plus fragiles, après un premier contingent de 500 personnes et 4000 visas humanitaires.

Interrogée par une étudiante qui s’inquiétait d’une vague d’islamisation et d’une disparition de la culture européenne, on a vu une chancelière volontariste et optimiste donner une leçon de courage. «D’abord, dit-elle, la peur est mauvaise conseillère.»

Et d’ajouter qu’il appartient à chacun de nous de défendre ses propres valeurs. On ne peut pas juste en appeler à la culture chrétienne, il faut aussi la vivre, par la Bible, la présence à l’église. L’Europe doit aussi se confronter sérieusement à son propre passé plutôt que de désigner les autres du doigt. «Cette confrontation à l’autre est une chance pour nous mais aussi l’occasion pour les autres de découvrir le christianisme», conclut la fille de pasteur.

«Il ne faut pas juste en appeler à la culture chrétienne, il faut la vivre. Le débat avec l’islam est une chance»

Publicité