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A Berne, Angela Merkel parlera surtout des réfugiés

Pour sa deuxième visite officielle en Suisse en dix ans, ce jeudi, Angela Merkel se limitera à répéter aux Suisses que l’UE ne saurait transiger sur le principe de la libre circulation. La chancelière allemande devrait surtout parler des vagues de réfugiés syriens, irakiens ou érythréens auxquelles l’Europe est confrontée. Comme elle, la présidente de la Confédération, Simonetta Sommaruga, pense que sans réforme profonde, l’Europe de Schengen ne survivra pas

Après François Hollande, voici Angela Merkel. La visite officielle que la chancelière allemande effectuera à Berne jeudi devrait combler d’aise le Conseil fédéral. Même si la femme la plus puissante du monde ne devrait pas apporter de réponse à la question qui préoccupe la Suisse: l’avenir de ses relations avec l’UE. La ­chancelière n’a aucune raison de froisser Espagnols, Polonais ou Tchèques en écornant le principe fondamental de la libre ­circulation pour un Etat non membre.

Mais cette visite s’inscrit dans les efforts diplomatiques de Berne pour s’attirer un peu de compréhension de ses influents voisins. Dans l’espoir d’ouvrir enfin des discussions avec la Commission européenne. Elle permet surtout à la Suisse de montrer que, si le vote du 9 février a amené ses relations européennes dans une impasse, celles avec ses voisins se sont au contraire développées. Et au passage, Berne tentera de se faire inviter par l’Allemagne au prochain volet financier du G20 (Finance Track) en 2017.

Si l’Allemagne, très critiquée pour sa position face à la dette grecque, ne boude pas les rencontres où l’on peut parler d’autre chose, la Suisse n’est pas mécontente de montrer qu’elle n’a pas que la libre circulation en tête. Il s’agit pour elle de faire la démonstration que les projets développés avec Paris, Rome ou Berlin transcendent sa relation avec les fonctionnaires de Bruxelles.

Les deux pays ont d’autres sujets de conversation: les migrations et ses drames auxquels l’Europe, divisée et impuissante, est confrontée, les projets communs dans des régions d’origine des émigrés, la guerre en Ukraine, ou la fin du nucléaire et du marché européen de l’électricité. Pas moins de quatre conseillers fédéraux ont ainsi obtenu de pouvoir discuter de leurs dossiers avec la chancelière: la présidente de la Confédération, Simonetta Sommaruga, sur les migrations, Johann Schneider-Ammann pour l’économie, Didier Burkhalter sur la crise en Ukraine ainsi qu’une coopération diplomatique en matière de médiation et Doris Leuthard pour le virage énergétique.

La dernière visite d’Angela Merkel remonte à six ans et, un peu boudeuse, elle n’avait passé que quelques heures à Berne. Même pas au Palais fédéral, mais au domaine retranché du Lohn. Cette fois, elle devrait dialoguer avec le public et les étudiants à l’occasion de la remise du titre de docteur honoris causa par l’Université de Berne.

Indéniablement, c’est le rôle de Didier Burkhalter à la tête de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) et la capacité de la diplomatie suisse, avec quelques négociateurs d’exception, à relancer un organisme que l’on disait moribond, qui a ravivé l’intérêt de l’Allemagne pour son petit voisin. En visite à Berne récemment, le ministre allemand des Affaires étrangères, Frank-Walter Steinmeier, racontait à quel point il avait noué une complicité avec son homologue suisse au plus fort de la crise en Ukraine. Il en avait acquis un respect pour la diplomatie suisse et l’envie d’élaborer des projets communs. Berlin, qui reprendra la présidence de l’OSCE l’an prochain, avant Vienne, compte ainsi sur une synergie entre pays germanophones.

En raison du contexte tragique de ces derniers jours, c’est la rencontre entre Angela Merkel et Simonetta Sommaruga, sur la question des migrations et de l’asile, qui est la plus attendue. On sait que les deux femmes sont sur la même ligne. Elles plaident pour une profonde réforme de l’Accord de Schengen, se sont engagées en vain pour un quota de répartition des réfugiés et refusent l’idée que l’Europe se barricade et baisse les bras face à la plus grande vague migratoire que le continent a connue depuis septante ans. Angela Merkel vient de prévenir les Européens que sans une clé de répartition des efforts, Schengen est mort. Au Conseil fédéral, la majorité pense comme elle.

Suisse et Allemagne, dans ce domaine, peuvent apprendre un peu l’une de l’autre. L’Allemagne songe à imiter la Suisse et à déclarer les Etats des Balkans «pays sûrs», ce qui lui permettrait d’accélérer les procédures pour les demandeurs de cette région. La Suisse pourrait suivre l’Allemagne et renoncer au renvoi des réfugiés syriens dans le pays de premier accueil. Par pur pragmatisme. Les opérations de renvoi coûtent plus cher que l’entretien d’un requérant. La Suisse insistera sur le respect des normes et procédures de l’Accord de Schengen par les pays de premier accueil, Grèce ou Italie, comme condition indispensable à une répartition plus équitable des réfugiés.

Berne et Berlin vont encore évoquer les projets pilotes de formation qu’ils envisagent de développer dans les régions de provenance des réfugiés ou à proximité, Syrie, Tunisie, Libye ou Somalie-Erythrée. Et Doris Leuthard parlera de la transition énergétique, du projet de stockage des déchets nucléaires proche de la frontière allemande. Mais elle voudra surtout s’assurer de la présence de la chancelière pour l’inauguration du projet du siècle, le tunnel de base du Gothard.

La Suisse pourrait suivre l’Allemagne et renoncer au renvoi des réfugiés syriens dans le pays de premier accueil

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