« Les relations entre les deux pays sont bonnes, mais elles ne sont pas toujours simples », s’il faut en croire le site Internet du Département fédéral des affaires étrangères. Les informations datent sans doute, car aujourd’hui les diplomates suisses assurent que les relations se sont consolidées et améliorées, notamment par la diversité des thèmes et projets communs.

En 2005, Abdullah Gül, alors ministre des Affaires étrangères, s’en était pris vivement à la Suisse après l’interrogatoire par la police de Dogu Perincek, chef du Parti des travailleurs turcs, pour ses propos négationnistes sur le génocide arménien.

Aujourd’hui, Berne veut oublier ces incidents et ne retenir que la signature à Zurich, l’automne dernier, par la Turquie et l’Arménie, de deux protocoles de normalisation des relations entre les deux pays. En faisant appel à la diplomatie helvétique pour œuvrer au rapprochement entre les deux pays, la Turquie a exprimé sa confiance envers la Suisse, reconnue pour son impartialité et son absence d’intérêts cachés , dit-on à Berne.

Il est vrai que les deux pays sont étroitement liés dans l’Alliance des civilisations, un forum de l’ONU initié par l’Espagne et la Turquie et qui regroupe des pays du monde arabe et musulman et des pays occidentaux pour promouvoir la compréhension mutuelle par-delà les modes de pensées différents. Même si la Turquie a été l’un des pays les plus critiques après le vote sur l’interdiction des minarets, la participation suisse à ce forum a permis d’apaiser les tensions et de faire comprendre au partenaire turc les particularités helvétiques.

La situation interne turque pèse aussi sur les relations bilatérales. Chaque année quelque 500 Turcs d’origine kurde déposent une demande d’asile en Suisse, 4000 demandes ont déjà été acceptées ces dernières années, ce qui a créé des irritations et incompréhensions du côté des autorités turques par le passé. Mais là aussi les choses s’améliorent. Des coopérations judiciaire et consulaire renforcées se mettent en place.

Il est vrai que les immigrés turcs, avec quelque 100 000 personnes établies ici, constituent l’une des plus fortes communautés étrangères en Suisse. D’autre part les intérêts économiques ne sont pas négligeables. Sixième pays investisseur en Turquie, présente par 450 entreprises dont les grandes comme ABB, Syngenta ou Nestlé, la Suisse espère bien récupérer les parts de marché qu’elle a perdu entre 2008 et 2009 dans la 19e économie du monde. Yves Petignat