L'Office fédéral de la police (OFP) entre à son tour dans la chasse aux serveurs Internet illégaux. Et ses employés comptent sur les internautes eux-mêmes pour leur apporter de l'aide.

Outre les informations courantes, la principale innovation du site «www.admin.ch/bpa» concerne la lutte contre la pornographie et la prostitution impliquant des enfants: après lecture d'une définition juridique précise, l'internaute peut remplir un formulaire pour signaler un cas douteux rencontré sur la Toile. «Les collaborateurs de l'OFP ne peuvent pas être partout et toujours présents dans Internet», expliquent les responsables de l'Office, raison pour laquelle ils font appel au public.

Pour faire face aux dénonciations à venir, l'OFP dispose de deux policiers formés à Munich, employés à 50% depuis le 1er janvier dernier, qui composent la «cellule Internet monitoring». Un effectif réduit qui fait déjà craindre la surcharge. Au Royaume-Uni, une action comparable menée par l'Internet Watch Foundation a enregistré 781 rapports d'internautes en un an, bien plus que les possibilités des deux enquêteurs. Ceux-ci savent cependant que la plupart des signalements qu'ils recevront porteront sur des serveurs basés à l'étranger: ils se borneront alors à communiquer les informations via Interpol aux polices concernées. «De là à savoir si ces démarches seront couronnées de succès, c'est une autre question», soupire Michaël Lauber, responsable de la section d'analyse criminelle à l'OFP.

Scepticisme envers la police fédérale

Cette démarche contraste avec celle de la police fédérale: chargée de la lutte contre les serveurs racistes et xénophobes, celle-ci a préféré faire pression sur les fournisseurs d'accès en leur envoyant, le 23 juillet, une liste de sites à bloquer, ce qu'ils ont fait de mauvaise grâce en doutant de l'efficacité de la mesure. Les spécialistes de l'OFP ne cachent pas leur scepticisme, puisqu'une adresse peut être changée à tout moment. «Disons que nous optons pour une autre stratégie», note Michaël Lauber.

La création de cette cellule Internet pourrait en outre remettre à l'ordre du jour le partage des tâches entre Confédération et cantons. Car s'il est avéré qu'un site dénoncé est basé en Suisse, les cyber-policiers fédéraux ne pourront, là aussi, que transmettre leurs éléments d'enquête aux services de sûreté. Une procédure complexe, et rares sont les instances cantonales disposant de ressources dans ce domaine. A l'OFP, on verrait d'ailleurs d'un bon œil un regroupement de compétences à Berne. Chef du Service vaudois de la protection de la jeunesse, Jean Vallet applaudirait également: «Nous n'avons déjà pas assez de moyens pour lutter contre les mauvais traitements envers les enfants. Sur le plan d'Internet, une centralisation serait beaucoup plus efficace.» Mais, pour l'heure, c'est aussi une autre question.