«Il est tout gris, il ressemble à un bouledogue et son taux de potassium est inquiétant.» Cette fine analyse du bilan de santé de Bernard Rappaz n’émane pas d’un médecin des Hôpitaux universitaires genevois (HUG), évidemment, mais de son ami Boris Ryser qui lui a rendu visite hier.

Elle semble confirmer, toutefois, qu’il était temps de trouver une issue au bras de fer qu’ont entamé la conseillère d’Etat Esther Waeber-Kalbermatten et son plus obstiné détenu. La ministre a fait transférer Bernard Rappaz, ce matin, de l’unité de médecine pénitentiaire des HUG à l’Hôpital de l’Ile à Berne.

Comme elle le détaille dans un communiqué, ce transfert, au 102e jour du jeûne de protestation, ouvre la possibilité de «prendre des mesures urgentes propres à sauvegarder la vie de Bernard Rappaz.»

En clair, avant d’organiser le déménagement, Esther Waeber-Kalbermatten a obtenu les «garanties qu’on le maintiendra en vie» si sa situation devait s’aggraver alors que le comité d’éthique des HUG, lui, se montrait intraitable en la matière et assurait vouloir respecter dans tous les cas les directives anticipées rédigées par le condamné stipulant de le laisser mourir.

Pour rappel, et ainsi que le soutient la conseillère d’Etat, l’affaire Rappaz oppose deux «principes fondamentaux de l’ordre juridique»: le droit à la liberté personnelle de tout être humain et l’obligation faite à l’Etat de protéger la vie d’un détenu.

Alors que les directives de l’Académie suisse des sciences médicales fonde sa morale sur le premier principe, la Cour européenne des droits de l’homme autorise l’alimentation forcée d’un détenu en grève de la faim.

Après de longues hésitations politiques, et sur conseils avisés d’un groupe d’experts, médecins et juristes, dit-elle, la conseillère d’Etat s’appuie finalement sur la cour de Strasbourg pour se tirer du cul-de-sac provoqué par le conflit.

L’avocat de Bernard Rappaz, Aba Neeman est partagé quant à cette décision. «Rassuré» du point de vue sanitaire. Mais ne tolérant pas qu’avant cette solution de dernier recours, le canton du Valais n’ait pas admis la demande d’interruption de peine formulée.

«La loi le permet ainsi que le prouve un arrêt du Tribunal fédéral (TF) qui date de 2009. Si l’état de santé du détenu n’est pas compatible avec l’exécution de sa peine, on peut lui accorder une interruption.» Recours a été déposé ce jour au TF.