C’est un tabou qui tombe. Jusqu’à présent, aucun canton n’était allé aussi loin dans le non-respect des recommandations de la Conférence suisse des institutions d’aide sociale (CSIAS). En mettant en œuvre une motion UDC adoptée en 2013 déjà par le parlement, le Conseil-exécutif du canton de Berne abaisse de 10% le forfait d’entretien à l’aide sociale. Il compte ainsi réaliser une économie d’environ 25 millions de francs, dont la moitié sera affectée à des projets concrets de réinsertion sur le marché du travail.

Le canton de Berne est un colosse aux pieds d’argile sur le plan financier. Il est celui qui touche le plus gros montant – plus d’un milliard de francs – de la péréquation financière nationale. Autant dire qu’il vit au-dessus de ses moyens. Son exécutif a ficelé la semaine dernière un plan d’austérité dont la Direction de la santé publique et de la prévoyance sociale est l’une des plus touchées.

A la tête de ce département, un UDC en partie atypique: Pierre Alain Schnegg, qui a succédé au socialiste Philippe Perrenoud voici un an, est un ex-entrepreneur qui n’a pas peur de prendre des risques. Il n’a pas hésité à franchir ce que son prédécesseur considérait comme une ligne rouge: déroger au tarif du forfait d’entretien, ce montant versé par l’aide sociale pour couvrir les coûts de la vie, hormis les frais de logement et de santé. La CSIAS l’a fixé à 986 francs, Berne l’abaisse à 887 francs.

La vision de Pierre Alain Schnegg

«L’aide sociale doit aussi apporter sa contribution à l’effort d’assainissement des finances cantonales», dit le conseiller exécutif UDC qu’il est. Mais dans ce dossier délicat, l’ancien patron s’empresse de préciser que «l’exercice d’une activité rémunérée doit rester plus attrayant que la perception de l’aide sociale». Pierre Alain Schnegg veut ainsi encourager les personnes qui font des efforts d’intégration. A leur intention, il remonte un «bonus» de 100 à 300 francs.

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A ceux qui l’accusent de vouloir punir les plus pauvres, Pierre Alain Schnegg répond qu’il est conscient de «l’épreuve existentielle douloureuse» que traverse toute personne tombant à l’assistance. Parmi les 45 000 Bernois concernés, le canton épargne les mineurs de moins de 18 ans, ainsi que les plus de 60 ans. En revanche, il sanctionne durement les jeunes adultes de 18 à 25 ans, dont le forfait d’entretien peut être réduit de 30% si les bénéficiaires ne suivent pas de formation ou s’ils n’exercent pas d’activité professionnelle.

Le conseiller exécutif ne cache pas qu’il compte sur l’économie et tous les acteurs de la santé pour le soutenir dans sa démarche. Le marché du travail se transforme et la société vieillit. «Il faut trouver de nouvelles pistes à explorer», affirme-t-il. «Peut-être faudra-t-il remplacer à terme l’aide sociale par un montant fixe – une sorte de revenu brut inconditionnel (RBI) – pour ceux qui la touchent sur une longue durée. Ce RBI pourrait être lié à une prestation, par exemple un travail social auprès des personnes âgées», avance-t-il.

Référendum en vue

Dans l’immédiat, le directeur de la Santé publique doit s’attendre à affronter une vague de contestations. Jeudi dernier, les grandes villes du canton ont déjà déploré le fait que le canton ne lance pas une procédure de consultation à ce sujet. La CSIAS aussi s’est montrée très sceptique. «En dérogeant au minimum du forfait d’entretien, le canton de Berne casse le consensus que les cantons s’étaient engagés à respecter», regrette Markus Kaufmann, son secrétaire général. Selon lui, ce forfait ne doit pas seulement assurer que les personnes assistées soient logées décemment, mais il remplit une fonction d’intégration. «Si on ne permet plus aux gens d’assister à un spectacle ou de s’acheter un billet de bus, on risque de ne plus atteindre cet objectif d’intégration.»

Quant au PS, il brandit déjà la menace du référendum, ce que Pierre Alain Schnegg ne craint pas. «Ce ne serait pas un mal, bien au contraire. C’est à nos concitoyens de décider si la direction que nous choisissons est la bonne ou s’ils veulent autre chose.»