De 24 sites à deux principaux. Le Conseil d’Etat bernois a annoncé mercredi une concentration drastique de la Haute Ecole spécialisée. A l’horizon 2020, cette université des métiers se situera dans deux villes, Berne et Bienne. Les implantations actuelles, notamment à Berthoud, seront fermées. A Bienne, un nouveau campus sera édifié au sud de la gare. Pour le gouvernement, il y va de la compétitivité de l’école, qu’il juge de «dimension moyenne seulement», avec ses quelque 5000 étudiants, contre 12 600 à Zurich et 13 300 pour la HES de Suisse occidentale, celle des cantons romands.

Selon la directrice des Travaux publics, Barbara Egger-Jenzer, la situation actuelle, avec 24 établissements reliés sous la bannière HES, constitue «un frein à une exploitation optimale» de l’institution, une telle dispersion «hypothèque» même son avenir. La HES-SO s’étale sur une trentaine de sites. Les autorités bernoises se disent aussi aiguillonnées par le fait que plusieurs cantons mettent les bouchées doubles pour loger leurs HES, notamment Zurich, Bâle et sa région ainsi que Neuchâtel.

Le projet du Conseil d’Etat bernois sera soumis au parlement l’année prochaine. Les filières d’économie et gestion, santé, travail social ainsi que les arts seront regroupées en ville de Berne, tandis que les études d’ingénieur, en informatique et en architecture seront dispensées dans le nouvel espace de Bienne. La cité d’Expo.02 a été privilégiée à d’autres postulants – Berthoud, d’autres lieux à Berne, Köniz et Ostermundigen – notamment en raison du fait que le terrain, assez vaste, appartient à la Ville, ce qui devrait accélérer les procédures. Directeur de l’Instruction publique, Bernhard Pulver admet que le Conseil-exécutif «n’a pas choisi une solution optimale». Un seul site aurait été plus efficace, mais deux fois plus coûteux, a estimé le collège. Lequel reconnaît faire un geste de «politique régionale».

Avec un campus flambant neuf à 30 kilomètres de Neuchâtel, qui édifie elle-même un vaste bâtiment pour la Haute Ecole de l’Arc jurassien, la démarche bernoise peut sembler tenir du casus belli à l’égard de la HES-SO. Bernhard Pulver s’en défend: «Nous sommes déjà présents à Bienne pour les cursus techniques, et notre Haute Ecole est alémanique avant tout. Nous n’augmenterons pas le nombre de filières bilingues, et nous n’ambitionnons pas d’attirer des étudiants de l’Arc lémanique, ou, plus près, de la région Neuchâtel-Jura.» Tout de même, dans son argumentaire, le Conseil d’Etat bernois met en avant le bilinguisme de la cité, son accessibilité par le train, et il rappelle que la HES «devra se battre longtemps pour attirer étudiants et professeurs qualifiés». L’institution bernoise compte déjà 2000 étudiants venus d’autres cantons.