A Berne, le clash menace entre les partis bourgeois, qui devaient présenter cette semaine leur candidat commun à la tête de la mairie en vue des municipales du 28 novembre prochain. Il y a quelques jours encore, Kurt Wasserfallen jouait les coquets en refusant de dire clairement si, oui ou non, il serait candidat. Alors qu'il avait décrété qu'il ne briguerait pas un quatrième mandat dans l'éventualité où l'initiative sur le plafonnement des salaires était acceptée, le directeur radical des Finances bernoises avait, une fois l'initiative passée, continué de souffler le chaud et le froid sur l'éventualité de sa candidature.

«Complot» de la gauche

Il a tout de même fini par confirmer ce que tout le monde savait déjà, à savoir qu'il briguait bel et bien son quatrième mandat. «Nous nous présentons pour gagner, a-t-il déclaré à l'ATS. Mon principal objectif est que cette ville soit de nouveau régie par un collège bourgeois.» Depuis douze ans en effet, la capitale est gouvernée par une majorité rose-verte. Majorité que Kurt Wasserfallen accuse d'avoir fomenté contre lui le «complot» qui a conduit à son transfert de la Sécurité aux Finances au printemps dernier.

Si Kurt Wasserfallen est choisi par son parti pour être en tête de liste, ce qui sera officialisé lors de l'assemblée du 1er mars, son opposant le plus probable devrait être le populaire socialiste Alexander Tschäppät. La campagne s'annonce houleuse, d'autant que, le 8 décembre dernier, les Bernois décidaient de faire passer de sept à cinq le nombre des conseillers municipaux (LT du 10.02.2004).

Pour avoir les meilleures chances de renverser la majorité, les trois partis bourgeois ont donc décidé de s'allier. Ils s'étaient entendus pour présenter une liste commune censément composée de deux PRD, d'un UDC et d'un PDC, et étaient tombés d'accord: le candidat à la mairie serait radical, le parti le plus puissant.

Las: la belle entente a éclaté mardi dernier, lorsque la coalition rassemblée n'est pas parvenue à trouver un accord. Alors que le PRD mettait en avant la candidature de Kurt Wasserfallen, l'UDC a fait la moue. Son président, Hans Ulrich Gränicher, a émis des doutes sur la personnalité selon lui pas assez intégrative et trop peu crédible de l'actuel directeur des Finances. Il n'a pas exclu de présenter son propre candidat, Beat Schori, à la présidence, arguant que le Conseil municipal avait besoin de nouvelles têtes et que le peuple trancherait.

L'UDC dans l'attente

«Je n'ai jamais vu ça, l'UDC change d'avis constamment», s'est alors lamenté le président des radicaux, Thomas Balmer. «Si le PRD nomine Kurt Wasserfallen et exclut une deuxième candidature, il y a aura de la rupture de la coalition dans l'air», s'entête le président de l'UDC. «Une liste bourgeoise avec deux candidats à sa tête n'a aucun sens. Nous tenons à la coalition, mais pas à tout prix», tranche le chef du PRD. Pour l'instant, l'UDC attend l'assemblée de lundi du PRD pour se décider.

Une candidate qui n'aura pas le soutien de l'UDC, c'est Ursula Begert, qui n'est plus en odeur de sainteté auprès de ses collègues démocrates du centre depuis la crise du printemps dernier. Sachant déjà qu'elle ne serait pas soutenue, elle ne s'est pas montrée mercredi lors de la réunion de son parti, et a déjà annoncé qu'elle présenterait une candidature sauvage.

En attendant, samedi, c'est le carnaval à Berne, et la presse s'en donne à cœur joie. La Berner Zeitung a croqué tous les conseillers municipaux en clique cacophonique. Ursula Begert est bien sûr déguisée en policière, tandis qu'Alexander Tschäppät, en homme sûr de sa victoire prochaine, a revêtu la tunique de Superman. Kurt Wasserfallen, relégué au coin du dessin, est le cow-boy justicier. De son banjo, il tire les notes de la mélodie de «Mission: impossible».