«L’objectif de la Suisse reste la libération de Max Göldi», écrit mercredi le Conseil fédéral dans un communiqué. Pour ce faire, la Suisse est prête à continuer de négocier sur la base des propositions des deux médiateurs européens, à savoir l’Allemagne et l’Espagne.

Le Conseil fédéral dit prendre cette décision «dans le cadre de la médiation de l’Union européenne» (UE) concernant la crise entre la Suisse et la Libye.

Il l’a annoncée quelques minutes avant que la conseillère fédérale Micheline Calmy-Rey entame sa rencontre mercredi en fin d’après-midi avec la cheffe de la diplomatie européenne Catherine Ashton. Leur entretien devait être suivi d’une conférence de presse.

«Concession de trop?»

Réagissant sur les ondes de la Radio suisse romande (RSR), le politologue Hasni Abidi, directeur du Centre d’études et de recherche sur le monde arabe (CERMAM) à Genève a émis ses doutes sur un éventuel geste de la Libye. «Si Max Göldi purge ses quatre mois, c’est une concession de trop» de la part de la Suisse.

Pour l’ancien ambassadeur suisse François Nordmann, au contraire, «la position de la Suisse est renforcée car elle a le poids de l’Europe derrière elle».

Pression européenne

Une telle décision du Conseil fédéral était attendue à Bruxelles. Ces derniers jours, les responsables européens ont répété qu’ils souhaitaient que la Suisse et la Libye trouvent une issue à leur différend concernant les visas Schengen.

La Commissaire européenne aux Affaires intérieures Cecilia Malmström a téléphoné la semaine dernière à la conseillère fédérale Eveline Widmer-Schlumpf. Elle a laissé entendre que la Commission européenne attend un geste de Berne sur le dossier.

Lundi, Catherine Ashton a exigé un «signe immédiat» de Berne et Tripoli. Une issue la plus rapide possible est aussi dans l’intérêt de l’UE: le différend a en effet également des conséquences négatives pour ses citoyens et ses entreprises.

La semaine dernière, la Libye a intensifié ses pressions sur l’UE. Elle réclame désormais des excuses de Bruxelles pour les restrictions de visas qui frappent ses dirigeants.

Ultimatum italien

L’Italie et Malte font pression sur la Suisse pour qu’elle lève sa «liste noire» de responsables libyens interdits d’entrée dans l’espace Schengen. Cette liste établie par Berne en novembre 2009 comprend entre 150 et 188 noms - selon les sources - de personnalités libyennes.

Tripoli a réagi en février en ne délivrant plus aucun visa à des ressortissants de l’espace Schengen.

La semaine dernière, l’Italie a haussé le ton. Si aucun accord n’est trouvé entre Berne et Tripoli d’ici le 5 avril, Rome présentera une proposition visant à permettre à la Libye de passer outre l’opposition helvétique à l’octroi de visas Schengen.

Dès le 5 avril, avec l’entrée en vigueur du nouveau règlement sur les visas Schengen, les Etats membres pourront en effet invoquer une clause d’exception pour délivrer des laissez-passer aux Libyens.

Max Göldi incarcéré

Le conflit a débuté après l’arrestation en juillet 2008 à Genève d’Hannibal Kadhafi, un fils du dirigeant libyen, et de son épouse, que leur domestiques accusaient de mauvais traitements. Quelques jours plus tard, la Libye a arrêté deux hommes d’affaires suisses et les a empêchés de quitter son territoire.

Le premier, Rachid Hamdani, a pu regagner la Suisse le 22 février. Le second, Max Göldi, est incarcéré dans une prison près de Tripoli.