Berne fédérale

A Berne, les Latins prennent goût au pouvoir

Cinq membres de la présidence de l’Assemblée fédérale sur six sont Romands ou Tessinois. Plusieurs chefs d’office nommés récemment viennent aussi des minorités linguistiques. Mais il y a encore du travail, relève le président d’Helvetia Latina

C’est assez rare pour être souligné: cinq des six président(e)s et vice-président(e)s de l’Assemblée fédérale seront des Latin(e)s en 2018. Et la seule Alémanique du groupe, la Saint-Galloise Karin Keller-Sutter (PLR), parle parfaitement le français, qu’elle a appris à Neuchâtel et à Montréal.

Elue lundi, l’équipe dirigeante du parlement sera ainsi composée de Dominique de Buman (PDC/FR), régisseur du Conseil national, de ses vice-présidentes Marina Carobbio Guscetti (PS/TI) et Isabelle Moret (PLR/VD), de la présidente du Conseil des Etats Karin Keller-Sutter et de ses adjoints Jean-René Fournier (PDC/VS) et Géraldine Savary (PS/VD). En 2020, les cheffes d’orchestre des deux Chambres seront ainsi deux Vaudoises.

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L'administration sur cette voie

Cette forte présence, qui risque de s’étioler en 2021, s’inscrit dans la continuité de l’élection de Guy Parmelin au Conseil fédéral en 2015, la triple présence latine au gouvernement ayant été confirmée en septembre dernier avec l’élection d’Ignazio Cassis en remplacement de Didier Burkhalter.

La tendance touche aussi l’administration, puisque plusieurs chefs d’office romands ont été nommés ces dernières années: Benoît Revaz à l’Office fédéral de l’énergie, Marc Chardonnens à l’Environnement, Catherine Chammartin à la Propriété intellectuelle, Pierre Broye aux Constructions fédérales, Giovanni Conti à l’Informatique et Télécommunication, Philippe Rebord à la tête de l’Armée, Michel Huissoud au Contrôle fédéral des finances, Bernard Lehmann à l’Agriculture, Philippe Richard à la Métrologie, Isabelle Chassot à la Culture, sans oublier le secrétaire d’Etat tessinois à la formation et à la recherche, Mauro Dell’Ambrogio.

La Poste, Ruag et les marchés publics

Au parlement, six Romands dirigeront les débats d’une commission fédérale. Parmi eux, Jean-François Rime (UDC/FR) achèvera sans doute sa carrière politique en tant que président de l’influente Commission de l’économie du Conseil national. Les chefs des groupes parlementaires socialiste et démocrate-chrétien, Roger Nordmann (VD) et Filippo Lombardi (TI), en piloteront chacun une, celle de l’Energie, de l’aménagement du territoire et de l’environnement pour le premier, celle des Affaires extérieures pour le second.

Dominique de Buman est précisément un fervent défenseur des minorités linguistiques. De 2009 à 2015, il a présidé Helvetia Latina, association qui défend la pluralité linguistique et culturelle au sein de l’administration. Son successeur, Jacques-André Maire (PS/NE), note avec satisfaction qu'«il y a eu de beaux progrès dans l’administration». Helvetia Latina rencontre chaque année le futur président de la Confédération pour le (ou la) sensibiliser à la question.

«L’idée de cette rencontre annuelle remonte à Jean-Pascal Delamuraz», rappelle-t-il. «Mais il y a encore du travail dans les structures para-étatiques», relativise le Neuchâtelois. Il pense en particulier à La Poste, dont la direction ne compte aucun Latin, et à Ruag. «Et il y a un problème lancinant: les marchés publics, qui échappent trop souvent aux entreprises romandes», ajoute-t-il.

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Variations départementales

Globalement, selon les derniers chiffres de l’Office fédéral du personnel (Ofper), la répartition linguistique au sein de l’administration dans son ensemble est assez proche de celle de la population: en 2016, le personnel fédéral était composé de 71,3% de collaborateurs germanophones, de 21,4% de francophones, de 7% d’italophones et de 0,3% de romanches. Mais l’image varie sensiblement d’un département à l’autre.

Les Romands sont plus nombreux aux Affaires étrangères (25,9%) et à l’Intérieur (29,3%), deux ministères dirigés par un Latin. Ils sont en revanche sous-représentés au Département des infrastructures de Doris Leuthard (18,5%), à Justice et Police (19,7%) et surtout à la Défense (17,9%), dont la reprise par Guy Parmelin s’est toutefois traduite par un début de rééquilibrage. 

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