La Suisse ne va pas pouvoir rester indifférente à l'élargissement à l'Est de l'Union européenne. Mercredi à Bruxelles, les négociateurs helvétiques emmenés par Dieter Grossen, directeur suppléant de l'Office fédéral de l'immigration, de l'intégration et de l'émigration, ont pu s'en rendre compte pour la première fois très concrètement. Le round de négociations des bilatérales II n'est pas encore achevé, qu'il faut déjà reprendre les premiers accords conclus avec l'Europe pour les adapter à l'arrivée, au 1er mai 2004, de dix nouveaux pays au sein de l'Union.

Si pour la plupart de ces traités, l'adaptation ne pose guère de problèmes, l'extension – aux pays d'Europe de l'Est, du centre et du Sud de la future Europe – de l'accord sur la libre circulation des personnes est capitale. L'accord, tel qu'existant aujourd'hui, peut déjà être soumis à un référendum facultatif en 2009, susceptible s'il échoue de remettre en cause l'ensemble des premiers accords conclus avec l'Union. Reste que le résultat des négociations qui viennent de débuter à Bruxelles pourrait bien faire l'objet d'un référendum dès 2005, dont l'échec serait tout aussi dommageable aux relations entre la Suisse et l'Europe.

L'accord sur la libre circulation des personnes, entré en vigueur voilà un an, a déjà permis à 15 000 Européens de venir travailler en Suisse ou de régulariser leur situation. Alors que les Suisses peuvent désormais s'établir en Europe, la Confédération a imposé des quotas aux Quinze membres actuels de l'Union qui iront diminuant jusqu'à l'ouverture totale du marché suisse en 2014. L'Union, dont le groupe de négociateurs est chapeauté par Matthias Brinkmann, chef de l'unité suisse à la Commission européenne, estime que Berne va devoir accepter une augmentation des quotas de 20%, pour tenir compte de l'accroissement de la population qui atteindra 450 millions de personnes avec l'élargissement.

Mais les Quinze eux-mêmes n'accueillent pas les nouveaux pays sans avoir prévu quelques garde-fous. Sept ans durant, les Européens d'aujourd'hui pourront appliquer des mesures qui restreindront l'arrivée chez eux de travailleurs de l'ancien bloc de l'Est. Dans ce contexte, on indique de source suisse qu'on ne pourrait accepter à Berne «moins de garanties que celles qui sont offertes aux Quinze par les Dix». Se pose aussi la question des délais, Bruxelles ne voudrait pas qu'en 2014 une partie de sa population jouisse d'un accès libre au marché du travail helvétique, tandis que le reste serait encore soumis à des contingents. Tant Bruxelles que Berne souhaitent avancer vite et espèrent une conclusion des pourparlers avant la fin de l'année. Certains nouveaux pays, comme la Pologne, rêvent déjà de placer leurs travailleurs en Suisse au premier jour de l'élargissement. Mais il ne serait «pas judicieux» que l'accord entre en vigueur avant sa ratification complète – au plus tôt début 2005 – a déjà prévenu Dieter Grossen.