Faussement taxé de pataud, le canton de Berne brille par sa réactivité. Il fut pionnier en matière de programmes d'économies, dans les années 1990, confronté à la débâcle de sa banque cantonale. Aujourd'hui, Berne est le premier à lancer un plan de réaction à la crise. Avec une baisse d'impôt et une hausse des salaires immédiates. Deux mesures à fort impact politique. «Nous ne pouvons pas faire grand-chose face à une crise mondiale, mais nous nous attelons à redonner confiance», martèlent d'une même voix les ministres des Finances, Urs Gasche du Parti bourgeois démocratique, et de l'Economie, le socialiste Andreas Rickenbacher.

Le gouvernement à majorité rouge-verte délivre un double message, a priori paradoxal. Le premier pour rétablir la confiance, le second pour annoncer des temps difficiles.

Lorsqu'il a établi son budget 2009, en août dernier, le Conseil d'Etat tablait sur une croissance de 1,6% pour 2009. Un chiffre revu à la baisse, à 0,7%. «C'est moins bon, mais ça reste de la croissance, nous ne sommes pas en récession», commente Andreas Rickenbacher.

Il n'empêche, la crise financière et les perspectives de refroidissement conjoncturel généreront un manque à gagner fiscal. Certainement moins marqué qu'à Zurich ou Genève, car le tissu économique bernois est peu dépendant des instituts bancaires. «Et les personnes morales ne représentent que 15% de notre masse fiscale», précise Urs Gasche.

En 2009, Berne pourrait encaisser 85 millions de moins que prévu. Soit 1,5% des recettes fiscales. Ce pourrait être davantage en 2010: 191 millions (3,8%). Et même 334 millions en 2011 (6,5%), mais Berne y intègre la compensation de la progression à froid.

Bol d'air fiscal

Plus que le manque à gagner, c'est un autre chiffre qui inquiète le ministre des Finances: celui de taux d'autofinancement. Berne s'est doté d'un frein à l'endettement strict, qui interdit non seulement les déficits de fonctionnement, mais oblige à financer l'entier des investissements. Or, pressé par sa majorité gouvernementale rouge-verte, le canton a prévu de beaucoup investir ces prochaines années. Avec les pertes fiscales envisagées, le solde de financement passe dans le rouge: 24 millions en 2009, 72 millions en 2010, 172 millions en 2011. Alors qu'il prévoyait de réduire sa dette de 1 demi-milliard d'ici à 2012, Berne risque de la creuser de 400 millions. C'est inacceptable pour Urs Gasche.

Sans satisfaire les projets de réduction fiscale déposés par les partis bourgeois, le grand argentier a tout de même réussi à convaincre le Conseil d'Etat qu'il faut diminuer la pression fiscale. Mais plus modérément, en ciblant davantage et «en s'écartant de l'effet arrosoir». Une réforme sera présentée en 2009, avec entrée en vigueur en 2011. Rien avant.

Et, si baisse d'impôt il doit y avoir, elle doit «être financée», assène Urs Gasche. Il présentera un plan d'économies budgétaires l'an prochain. C'est la stratégie soumise au Grand Conseil, qui tranchera en novembre. En attendant, le gouvernement rouge-vert a décidé de ne proposer «aucune mesure corrective pour le budget 2009».

Le gouvernement bernois préconise, en parallèle, des mesures immédiates pour briser la sinistrose. Il suggère au Grand Conseil de redistribuer une partie du bénéfice prévu au bas des comptes 2008. Le budget tablait sur un boni de 100 millions, ce sera plus de 400 millions.

Urs Gasche s'en félicite, il pourra réduire la dette de 180 millions. La majorité de gauche du gouvernement propose d'en faire profiter les contribuables et les fonctionnaires. Au travers d'un rabais d'impôt, cette année déjà, équivalant à 3,3%. Il en coûtera 140 millions au canton. Et d'une hausse de salaire de 0,5% pour le personnel cantonal, avec effet rétroactif au 1er juillet 2008. C'est 30 millions de plus injectés dans la masse salariale.

«C'est un signal susceptible de briser le catastrophisme, de redonner confiance et du pouvoir d'achat», explique Andreas Rickenbacher.