Mobilité

Berne redouble d’efforts pour devenir la capitale suisse du vélo

Les autorités de la ville fédérale, où s'arrête lundi le Tour de France, ont lancé une «offensive du vélo» marquée par la récente inauguration d’une «route principale» de trois kilomètres

C’est certes une coïncidence, mais elle est heureuse. Alors que le Tour de France arrive à Berne ce lundi 18 juillet, les autorités locales viennent d’inaugurer une «route principale» du vélo sur trois kilomètres entre la gare et le Stade de Suisse. Aux heures de pointe, elles accordent même la priorité aux cyclistes aux feux de signalisation. Une première en Suisse.

L’automne dernier, la ville de Berne a lancé «l’offensive vélo», dont le but est de faire passer de 11 à 20% la part des cyclistes dans le trafic d’ici à 2030. Elle ambitionne de devenir la future «capitale suisse du vélo», titre officieux détenu actuellement par Bâle selon plusieurs spécialistes. L’homme qui incarne cette opération est le chef de la planification du trafic, Karl Vogel. Ce Lucernois de 47 ans n’a plus de voiture, il l’a vendue voici dix ans. «Aller à vélo est une question de qualité de vie. A l’avenir, nous devons miser sur la mobilité durable, soit la marche, la bicyclette et les transports publics», souligne-t-il.

La présentation de la «route principale» par la Ville, lors des tests.

Un investissement de 70 millions

La ville compte investir 70 millions de francs ces quinze prochaines années dans son réseau de pistes cyclables. Onze autres tronçons, de même qu’un périphérique, viendront compléter le premier axe entre la gare et le Stade de Suisse, qui a coûté 1,8 million.

Président de l’association Pro Velo de Berne, David Stampfli note déjà un changement de culture au sein de l’administration. «Il y a une réelle volonté politique au sein des autorités et de l’administration», se réjouit-il. La ville a instauré un processus participatif dans sa planification et intègre son association en amont d’un projet. De plus, le Conseil municipal in corpore a montré l’exemple. Ses cinq membres ont participé à l’action «Bike to work», s’engageant ainsi à se rendre à leur travail au moins un jour sur deux durant un mois. Dans cette ville de gauche, la droite suit le mouvement, avec cependant une moins grande propension à la dépense. «Je fais aussi du vélo, mais je m’opposerai à des projets de prestige dans ce domaine. Berne a des problèmes plus importants que le vélo», avertit le conseiller national Christian Wasserfallen (PLR).

Des difficultés à la gare

Si l’offensive est donc bien partie, il reste encore beaucoup à faire. Plaque tournante de la mobilité, la gare voit défiler chaque jour 260 000 passagers. Or, les cyclistes n’y trouvent pas assez de places pour parquer leur deux-roues et recourent souvent au parking sauvage. La situation reste donc chaotique aux alentours de la gare, malgré l’ouverture d’une nouvelle station à la Schanzenpost. «Il nous manque entre 1000 et 2000 places», concède Karl Vogel.

Sur le plan de la sécurité en revanche, Berne progresse, et l’ouverture d’une première «route principale» y contribue. D’abord parce que cette piste cyclable est large d’au moins 2 m 50. Ensuite parce qu’une partie du tronçon a été peinte en rouge, un signal visuel largement respecté par les automobilistes.

Genève - Berne, deux mondes

Responsable des cours de sécurité routière à Pro Vélo Genève, Julien Hutin, qui s’est cassé la clavicule lors d’une collision avec un piéton près de Cornavin l’an dernier, est bien placé pour comparer Berne et Genève dans leur rapport au vélo. Il a sillonné la capitale fédérale durant deux jours, et son verdict est sans appel. Entre la Ville de Calvin et celle de Zähringen, c’est le jour et la nuit. «Nous les cyclistes genevois avons un problème de discipline. Nous voulons parvenir le plus vite possible à notre destination et nous nous comportons comme des daltoniens aux feux», constate-t-il – non sans humour – dans un exercice d’autocritique.

A Berne, c’est presque tout le contraire. Pas de «guerre civile» entre les divers usagers du trafic, mais un climat beaucoup plus sain. «Il n’y a pas de stress à Berne. Les automobilistes sont plus respectueux des cyclistes, qui à leur tour font davantage attention aux piétons», raconte-t-il.

Néanmoins, un problème de culture du vélo

Sur ce plan, Karl Vogel est moins enthousiaste que Julien Hutin. Berne a elle aussi un problème de «culture du vélo». Pour parvenir aux 20% de part de trafic pour les cyclistes, elle doit séduire les écoliers de moins de 14 ans et les seniors, deux publics cibles qui trouvent que la pratique du vélo reste encore trop dangereuse à Berne. Par exemple sur le très fréquenté pont de la Lorraine proche de la gare, où les cyclistes disposent d’un espace d’un mètre sur lequel ils sont pris en tenaille entre les bus et les voitures.

La «culture du vélo», c’est l’élément crucial. Elle implique que tous les usagers du trafic respectent les règles de la circulation, les cyclistes aussi. C’est ici que les villes suisses doivent encore beaucoup progresser pour atteindre le niveau des vraies capitales du vélo que sont Copenhague ou Amsterdam. «Ce qui est fascinant là-bas lorsqu’on s’y déplace à vélo, c’est le degré de sécurité que l’on ressent», conclut Karl Vogel.

Lire notre chronique: Non, les cyclistes ne sont pas des criminels!

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