Une vingtaine d'engins explosifs artisanaux – qualifiés de très dangereux par les spécialistes –, des matraques, des couteaux, des sprays de gaz, des fusils, des pistolets, des coups de poing, de la munition, du matériel de propagande raciste et même un appareil d'électrochocs: tel est le matériel découvert chez deux skinheads. Des membres dirigeants de la Nationale Offensive, un groupuscule de la banlieue bernoise comptant 20 membres et une quinzaine d'aspirants.

A la société d'agir

C'est début mai que le Ministère public de la Confédération (MPC), via la police fédérale, a fait cette prise étonnante qu'il n'a rendue publique que lundi, alors que l'enquête de la police judiciaire était close et que la justice bernoise reprenait l'affaire. Un long silence qui étonne les observateurs. Mais la déclaration du MPC intervient à point nommé, après un été pendant lequel les manifestations de militants de l'extrême droite se sont multipliées à un rythme d'une à deux par semaine en Suisse (Le Temps du 21 août).

«Les réunions de skinheads sont toujours plus nombreuses en été, ils aiment boire des bières et manger des grillades au soleil», ironise Hans Stutz, journaliste indépendant spécialisé dans les mouvements d'extrême droite depuis plus de dix ans. Celui-ci constate toutefois que ces réunions vont en augmentant. Et le rapport de la protection de l'Etat de 1999 le confirme, qui évalue leur nombre à environ 700 personnes.

Pour l'instant, dans l'ignorance de l'identité des prévenus et de leurs intentions, le journaliste estime difficile d'évaluer les conséquences de la saisie de la police. «Je ne suis pas étonné par le type de matériel que la police fédérale a découvert, on trouve toujours des armes chez les skinheads lors de perquisitions, ce qui me surprend c'est leur nombre.» Il s'interroge sur la destination de cet arsenal. Au MPC, Jürg Blaser reste discret «pour les besoins de l'enquête bernoise», dit-il. Il souligne tout de même qu'aucun élément concret ne permet d'affirmer que des engins explosifs de cette provenance aient été utilisés lors d'attentats. Il n'empêche, l'un des prévenus a admis avoir vendu des bombes de sa fabrication. «Remis», corrige le porte-parole du MPC. «Nous connaissons la personne qui a récupéré l'engin et je puis affirmer que la population ne court aucun risque.»

La prise effectuée à Berne est tout à fait exceptionnelle. L'année passée, lorsque la police avait mis la main sur des milliers de cassettes, tracts et vidéos, à Neuchâtel, elle parlait de la plus grande saisie faite en Suisse. Toutefois il ne s'agissait pas d'armes mais de matériel de propagande.

La délégation des commissions de gestion des Chambres fédérales, qui s'occupe des problèmes de sécurité intérieure, s'inquiète depuis un certain temps déjà de la radicalisation croissante des mouvements d'extrême droite. «Selon les constatations de la police fédérale, la propension à la violence et à la provocation s'accentue, le recours aux armes et à un matériel de propagande à caractère raciste est toujours plus fréquent. Et les jeunes, des mineurs souvent, sont plus nombreux à se laisser séduire», déplore le président de la délégation, le conseiller aux Etats Franz Wicki (PDC/LU). Pour lui, la découverte de bombes, d'armes et de matériel de propagande chez les deux skinheads bernois est l'illustration de cette évolution.

«Les politiciens doivent montrer très clairement qu'ils sont préoccupés par l'extrémisme de droite et qu'ils ne l'acceptent pas, estime Franz Wicki. Il faut également informer les jeunes pour qu'ils comprennent ce qui se cache derrière la propagande néonazie. En fait, ces questions ne relèvent pas de la police mais de la société.»