Berne réfléchit à une nouvelle contribution de 1 milliard de francs pour participer à la cohésion européenne. Mais contrairement à l’aide votée en 2010, qui s’adressait aux nouveaux membres de l’UE en Europe de l’Est, la Suisse se demande si cette participation ne devrait pas d’abord soutenir des projets dans les pays d’Europe du Sud en difficulté, Grèce, Portugal voire Espagne. Jusqu’ici, un renouvellement de la contribution suisse au Fonds européen de cohésion restait très hypothétique et conditionné à l’avenir des relations bilatérales avec l’UE. Mais Berne souhaite faire un pas de sa propre initiative.

Dans les conflits fiscaux avec les Etats-Unis, l’Allemagne ou l’Italie, dans la course pour accueillir le Fonds vert à Genève, la Suisse se sent toujours plus isolée. Face à la politique des blocs (Asie, UE, Amérique du Sud), les alliés lui manquent terriblement pour défendre ses projets. La précédente ministre des Affaires étrangères, Micheline Calmy-Rey, avait bien tenté un rapprochement avec la Russie, notamment dans les négociations pour l’adhésion de celle-ci à l’Organisation mondiale du commerce, espérant contourner l’UE. Mais cette stratégie est insuffisante.

Le partenaire économique principal de la Suisse, le plus naturel politiquement et culturellement, reste l’Union européenne. Mais, dans l’attente d’une solution toujours plus difficile sur la question institutionnelle, les négociations sont bloquées sur les dossiers du marché électrique, du libre-échange agricole ou des produits chimiques.

Plutôt que de relire le vieux manuel de Dale Carnegie Comment se faire des amis, qui date tout de même de 1936, on songe donc, au Conseil fédéral, à des gestes symboliques et bien matériels qui confirmeraient l’attachement de la Suisse à de bonnes relations avec l’UE.

Une nouvelle contribution de 1 milliard au Fonds de cohésion européen pourrait être l’un de ces gestes. Bruxelles a manifesté très tôt son intérêt à une nouvelle contribution suisse – on évoquait le montant de 1,6 milliard de francs – après l’actuel programme d’engagement qui arrive à échéance cette année. Le délai de paiement court jusqu’en 2017. Mais le Conseil fédéral a toujours répondu que «tout dépendra des liens que la Suisse entretiendra avec l’UE dans le futur». Berne voulait d’abord voir la réponse de Bruxelles à sa proposition de règlement des futures relations bilatérales.

Aujourd’hui, on semble prêts à faire un geste sans même attendre que l’UE mette la question sur la table. C’est nouveau. Ce qui pourrait l’être davantage encore, c’est l’attribution prioritaire aux pays en difficulté de l’Europe du Sud. En 2006, le peuple suisse avait accepté un plan de 1 milliard pour les dix membres d’Europe de l’Est, puis 257 millions pour la Roumanie et la Bulgarie. En principe, c’est l’UE qui définit les bénéficiaires du Fonds de cohésion, destiné à réduire les disparités économiques et sociales en son sein. Or, la Suisse sonde actuellement les Européens pour connaître leurs réactions en cas de changement de destinataires. Car un changement de cap risque de froisser les Européens de l’Est, déjà échaudés par le déclenchement de la clause de sauvegarde qui limite la libre circulation de leurs ressortissants.

Lors de sa visite en Suisse, lundi, le ministre hongrois des Affaires étrangères, Janos Martonyi, a eu l’occasion de redire à son homologue Didier Burkhalter tout l’intérêt de son pays à un nouveau programme. 37 projets d’un montant de 130 millions sont destinés à renforcer des régions hongroises disposant de structures peu développées.

Mais, dit-on à Berne, il n’est pas question pour l’instant de doubler la participation suisse du Fonds de cohésion.

L’effort serait certes modeste, compte tenu des besoins énormes des pays en difficulté. Mais il ne s’agit pas de prêts aux banques centrales. Au contraire, le milliard est investi directement dans des projets régionaux de santé et de développement social, d’infrastructures ou de développement économiques, voire de sécurité. L’effet est démultiplié par la coopération d’entreprises suisses avec leurs homologues européennes dans le cadre de ces programmes.

La Suisse mise d’ailleurs sur le prolongement de ces partenariats entre entreprises pour rendre son aide plus attractive, grâce à l’échange d’expérience et de savoir-faire.

On semble prêts à faire un geste sans attendre que l’UE mette la question sur la table. C’est nouveau