Berne

A Berne, le triomphe d'un Vert pragmatique

Alec von Graffenried inflige une lourde défaite à Ursula Wyss et met fin à la «dynastie rouge» à la tête de la ville depuis 1993

Feu vert pour Alec von Graffenried, feu rouge pour Ursula Wyss! Après avoir régné durant 24 ans à l’Erlacherhof, siège de la mairie à Berne, le Parti socialiste en a été chassé ce dimanche par un Vert pragmatique plutôt que dogmatique. Alec von Graffenried s’est largement imposé, recueillant 58% des suffrages.

Ainsi prend fin une campagne surréaliste dans une ville fédérale plus que jamais tenue par le bloc «rouge-vert-centre», qui occupe désormais quatre des cinq sièges de l’exécutif. Après le premier tour du 27 novembre 2016, ne restait ouverte que la question de la mairie, disputée pourtant entre deux candidats défendant exactement le même programme concernant le développement de la ville, la gestion du trafic, la promotion des énergies douces ou encore le soutien à la culture.

Combat fratricide à gauche

Que s’est-il donc passé pour qu’on assiste à un tel combat fratricide au sein du bloc de gauche? Une lutte de personnalités, déclenchée par un malaise latent au sein de la population. Celle-ci n’a pas apprécié que le PS ait déjà désigné en Ursula Wyss le successeur naturel d’Alexander Tschäppät voici plusieurs années déjà.

Car cette victoire d’Alec von Graffenried, c’est d’abord la lourde défaite d’Ursula Wyss (43 ans), qui est loin d’avoir le charisme du maire sortant. Cette mère de famille de deux enfants, élue à l’exécutif local voici quatre ans, a certes fait du bon travail à la tête des Travaux publics. Ce ne sont donc pas ses compétences qui sont en cause, mais plutôt sa personnalité, perçue comme «distante, calculatrice, arrogante et avide de pouvoir», selon un article de la NZZ.

Il n’y a pas eu d’effet femme, au contraire. Dans une ville si résolument à gauche, il est probable que le peuple ait sanctionné des actes incohérents pour une socialiste, comme le fait de placer ses deux enfants dans une école privée. Enfin, Ursula Wyss n’a pas été un modèle de transparence lorsqu’elle a omis de rendre public un accident de voiture qui lui a valu un retrait provisoire de son permis de conduire.

Retour en politique retentissant

De son côté, Alec von Graffenried a su rester lui-même tout au long de la campagne. Certes, il est le descendant d’une famille patricienne bourgeoise de Berne depuis quelque sept siècles. Mais il est loin d’être un enfant bien né. Après avoir perdu ses deux parents très tôt, il a dû financer ses études de droit par des petits boulots, en tant que serveur dans un bistrot, chauffeur-livreur ou encore collaborateur d’une radio locale.

Père de quatre enfants, Alec von Graffenried (54 ans) fait donc un retentissant retour en politique alors qu’il avait décidé en 2015 de tourner cette page de sa vie après avoir siégé durant huit ans au Conseil national. Il voulait en effet se consacrer à son poste de cadre au sein de l’entreprise de construction Losinger Marazzi. Le fait d’occuper cette fonction explique en partie son résultat. Relativement élevé (50%), le taux de participation indique que les électeurs de droite n’ont pas boudé les urnes. Pour eux, le triomphe d’Alec von Graffenried constitue déjà un «petit changement». Le vainqueur, lui, a promis la continuité. «De par sa qualité de vie, Berne sera toujours la plus belle ville de Suisse et du monde.» 

 

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