Les passages à niveau ont tué 14 fois cette année et ont fait de nombreux blessés en Suisse. Saint-Triphon (VD), Ollon (VD) Oberentfelden (AG), Werthenstein (LU), Hölstein (BL), Le Noirmont (JU), Neirivue (FR), la fatalité frappe partout. Le Conseil fédéral lui fait pourtant un pied de nez en prolongeant jusqu'en 2006 sa manne de 15 millions de francs pour l'assainissement des 190 passages à niveau les plus dangereux du pays. La résolution réjouit les entreprises ferroviaires qui disposent ainsi de deux ans supplémentaires pour déposer leur demande de subvention.

Demandes trop sporadiques

En 1998, la Confédération et les cantons s'étaient pourtant mis d'accord pour que le gouvernement cesse de cofinancer la rénovation des passages à niveau, sauf ceux jugés très dangereux, mais seulement jusqu'en 2004. La nouvelle péréquation financière et la répartition des tâches qui en découle attribuent d'ailleurs ce dossier aux cantons. Mais le Conseil fédéral a fait un pas en arrière sur le chemin des économies et un bond en avant sur la voie de la sécurité. Sa décision est pourtant moins une réponse aux nombreux accidents de ces derniers mois qu'une question de gros sous. «Si on ne change pas les règles du jeu, l'argent qui ne sera pas demandé sera perdu», résume le porte-parole de l'Office fédéral des transports (OFT), Davide Demicheli. Les demandes de contribution arrivent trop sporadiquement sur les bureaux de l'OFT. L'interaction des entreprises de chemins de fer, des cantons, communes ou privés qui possèdent les routes ralentit fortement la mise sous plis des dossiers. En accordant un délai supplémentaire, l'OFT espère voir affluer plus de demandes d'aide financière pour pouvoir venir à bout des rénovations.

Sur les 190 passages à niveau jugés très dangereux, ceux où le temps de visibilité y est inférieur à six secondes, 72 ont déjà été assainis ou supprimés, 15 sont sur le point de l'être et 16 autres sont en cours de traitement. Pour 65 des 87 restants, les entreprises n'ont pas encore soumis de demande.

Selon Jean-Louis Scherz, le porte-parole des CFF, «un bon passage à niveau est un passage à niveau supprimé». Si la formule est un peu extrême, les Chemins de fer fédéraux sont pourtant décidés à éliminer les 561 points noirs que représentent leurs passages à niveau non sécurisés sur la carte. Ils en ont rénové 53 cette année et feront de même avec 200 autres installations d'ici à 2007. Du côté des entreprises privées, les chantiers se succèdent également. Tous les passages à niveau non sécurisés doivent de toute façon être rénovés pour 2014, selon une ordonnance fédérale de 2001.