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Réfugiée chilienne
Retour tout d’abord sur son histoire. Elle est née au Chili, il y a cinquante-trois ans. «Je suis une enfant de l’Unité populaire.» Son père était un militant de gauche très actif. Au moment du coup d’Etat militaire d’Augusto Pinochet, la famille décide de fuir le pays. Glenda Gonzalez Bassi est alors âgée de 6 ans. Elle se souvient: en Suisse, de nombreuses organisations de gauche avaient fait pression sur le Conseil fédéral pour qu’il accueille des réfugiés chiliens. Trois mille places étaient disponibles. C’est ainsi que toute la famille se retrouvera en Suisse.
Tout d’abord à Erlenbach dans le Simmental. «Nous étions logés dans un hôtel qui s’appelait l’Alpina», sourit-elle. Finalement, les quatre membres de la famille seront attribués à Bienne. Une ville qu’elle ne quittera jamais.
Il n’y a pas que la crise climatique
Dans la cité ouvrière, ses parents se sont très vite fait un réseau. «Il y avait un fort mouvement de gauche et humaniste qui se mobilisait pour l’accueil des réfugiés. Il y avait toujours beaucoup de gens à la maison pour débattre.»
L’ancienne formatrice pour adultes est tombée en politique au berceau déjà: «J’ai participé à mes premiers meetings, à 3 ans, dans ma poussette. Cela a laissé des empreintes très fortes.» Cet engagement social ne l’a jamais quittée et c’est en toute logique qu’elle est a adhéré au Parti socialiste: «L’enjeu environnemental est essentiel, mais pour moi ce qui est déterminant c’est la justice sociale. C’est important que la crise climatique ne cache pas les crises migratoires ou sociales.» Le thème la passionne. «N’oublions pas que la crise climatique est le résultat de plusieurs dysfonctionnements politiques, économiques et sociaux. Nous devons prendre des mesures transversales, faire attention aux équilibres, même si je suis consciente que c’est plus sexy de défendre l’environnement que les réfugiés ou les assurances sociales.» Franche, elle ne cache pas que ces discussions sont parfois animées avec les alliés écologistes.
Exécutif en majorité féminin
Après les élections de l’automne dernier, l’exécutif biennois est resté à majorité de gauche avec deux socialistes, une Verte, un UDC et une radicale romande. Statu quo également du côté linguistique avec trois Alémaniques et deux Romandes. Par contre, pour la première fois de son histoire, la municipalité de cette ville de près de 57 000 habitants (dont 57% de germanophones et 43% de francophones) compte une majorité de femmes. Après six mois d’expérience Glenda Gonzalez Bassi reste prudente sur les conséquences concrètes de ce changement: «A l’interne, nous sommes encore en train de nous apprivoiser, glisse-t-elle. A terme, je pense que la culture du débat va évoluer. Mais ce qui a changé fondamentalement, c’est le regard de l’extérieur, l’image que nous donnons aux autres villes, ainsi qu’aux jeunes femmes», se réjouit-elle. Difficile d’être minoritaire sur le plan linguistique? «C’est mon destin», rigole-t-elle. Le suisse-allemand, qui reste la principale langue de l’administration et de la politique biennoise, ne lui pose aucun problème. «Mais j’ai décidé que les interventions publiques, je les faisais plutôt en français.»
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Glenda Gonzalez Bassi pourrait-elle aussi devenir la première femme à la tête de Bienne? La question n’est pas à l’ordre du jour pour elle. L’actuel maire, Erich Fehr, est candidat au gouvernement bernois, s’il est élu l’an prochain, tous les regards se tourneraient alors vers elle. Le PS fera tout pour conserver la mairie qu’il occupe sans discontinuer depuis 1976.
Bienne en plein dynamisme
Quand elle parle de son attachement à Bienne, la municipale ne cache pas une certaine émotion: «C’est la ville qui a bien accueilli ma famille.» Une ville dont elle parle avec enthousiasme: «Son origine industrielle a eu impact dans son organisation géographique ou urbanistique. Ce n’est pas une cité universitaire, mais la jeunesse est très présente et très engagée.» Volubile, elle poursuit. «Bienne a toujours su évoluer avec sa population.»
Une population qui change. Les origines migratoires évoluent. Le nombre de francophones augmente. Beaucoup d’habitants du bassin lémanique ont rejoint cette cité qui offre une position centrale, des logements à prix abordables, de nouveaux emplois. «Bienne a une image dynamique, elle est bienveillante, à la croisée des langues et des diversités culturelles.» Oubliée l’image négative d’il y a quelques années: «Bienne est dans une phase ascendante.» Et de citer le développement de la mobilité douce, que ce soient les transports publics ou le vélo, très populaire, dans cette ville peu vallonnée.
En termes de mobilité, la cité seelandaise a aussi connu un vif débat autour du contournement routier par l’ouest de la ville. Face à une forte opposition, le projet a finalement été enterré par le canton et la Confédération. «Tout ce qui ne peut pas se faire ouvre la voie à autre chose. Il faut prendre les gens avec.» Pour corroborer ses propos, elle rappelle le refus sur la loi sur le CO2 et les initiatives anti-pesticides: «Ce ne sont pas les villes qui font la musique, mais les gens.» Elle se dit convaincue que les villes suisses doivent davantage dialoguer avec les zones périurbaines, notamment sur les questions sociales, de mobilité ou de formation.
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Parmi les mots qu’elle emploie régulièrement lorsqu’elle parle de sa nouvelle fonction, il y a la confiance ou le participatif. Ce participatif qui rappelle la démocratie de base si chère à son père. Ses parents sont d’ailleurs rentrés dans leur pays natal, après la fin de la dictature. Elle y retourne régulièrement avec ses trois enfants et son conjoint tessinois afin qu’ils vivent eux aussi les deux, voire les trois cultures qui lui sont si chères.
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La semaine prochaine: Jérémy Savioz, Sierre