Berset ou Maillard du Conseil fédéral? A la veille de l’élection, la compétition interne aux socialistes romands reste ouverte. Non seulement parce les deux candidats ont confirmé, sans faire de faux pas, la qualité de leur profil. Mais aussi parce que l’issue du scrutin dépend de la stratégie de dernière minute des groupes politiques et des aléas de l’élection siège par siège. Une chose pourtant ressort de cette brève campagne: le Vaudois Pierre-Yves Maillard a utilisé au maximum sa marge de manœuvre de challenger, tandis que le Fribourgeois Alain Berset a paru en contrepartie entravé par son statut de favori.

Pour compenser le fait qu’il ne siège pas sous la coupole fédérale, Pierre-Yves Maillard a distribué à tous les élus une «lettre aux parlementaires». Dans cette missive, il souligne sa contribution de socialiste de gouvernement au redressement du canton de Vaud et avance quelques propositions, sur le financement des grandes infrastructures notamment. Alain Berset, qui siège aux Etats depuis 2003, n’a pas besoin de se faire connaître, alors que Pierre-Yves Maillard a quitté le National en 2007, ce qui paraît déjà lointain. Aussi banale qu’une telle démarche puisse sembler en dehors du microcosme, la distribution de cette lettre a eu de l’effet, tant elle est inhabituelle.

Devant les groupes, Alain Berset s’est montré fidèle à lui-même et à sa ligne consensuelle. Il s’est confirmé comme un fin connaisseur de la maison fédérale, où son élection se placerait dans le droit fil d’une voie suivie sans accroc. Au sortir des auditions, on le décrit également excellent théoricien, avec toute l’ambiguïté associée à ce terme. Le Fribourgeois est apparu très contrôlé, comme s’il craignait que le moindre écart ne compromette son statut de favori. Du coup, il est apparu moins clair dans ses prises de position. Pierre-Yves Maillard a donné par contraste un contour d’autant plus généreux à ses convictions socialistes. Avec la méthode éprouvée lors de ses précédentes étapes cantonales, il met ses cartes sur la table et assure ses interlocuteurs fédéraux qu’ils ne seraient pas trompés sur la marchandise. Ce qui a plu dans un contexte politique troublé qui réclame cette clarté.

Le Vaudois est aussi parvenu à se faire mieux connaître, positivement. Le fait qu’il ait mis la main à la pâte de façon constructive dans les affaires vaudoises a redressé chez certains son image d’épouvantail étatisant. Son œuvre pratique a la tête du lourd Département de la santé et des affaires sociales pèse face au manque d’expérience de direction de son concurrent.

Pierre-Yves Maillard a confirmé enfin qu’il était, plus qu’Alain Berset, un homme de public. D’abord devant le groupe socialiste, où il a remporté pour ainsi dire le succès d’audience, même si, au vote, Alain Berset a obtenu la première place. Autre exemple sur le plateau d’Arena, l’émission de la TV alémanique. Bien que défavorisé par un allemand moins fluide, Pierre-Yves Maillard a réussi à plusieurs reprises à mettre les rieurs de son côté, sans que cela soit au préjudice de la netteté du propos.

Ces éléments font que c’est le candidat vaudois qui a apporté dans cette campagne, en bon challenger, l’effet de fraîcheur et de nouveauté.

Tandis que Maillard peut compter sur un lobbyisme soutenu de la part des camarades vaudois, Alain Berset profite de sa présence quotidienne à Berne pour soigner les contacts personnels, qu’on sait très importants au moment du choix. On a remarqué sa présence à Frauenfeld, lors de la fête pour le nouveau président du Conseil national Hansjörg Walter, désormais lui aussi candidat au Conseil fédéral.

Le décompte des voix reste incertain. Alain Berset continue de passer pour favori parmi ses pairs du Conseil des Etats et au PLR. Le PDC auditionnera les candidats ce mardi. Seuls les Verts libéraux ont communiqué leur préférence, majoritaire, pour Alain Berset. Les deux candidats sont tenus pour éligibles, les autres groupes n’émettent pas de consigne.

Pierre-Yves Maillard passe bien dans le groupe UDC. Moins parce qu’Alain Berset a participé à l’éviction de Christoph Blocher que parce que le parti de la polarisation apprécie la bête politique jusque dans certaines de ses positions. Lors de l’audition devant le groupe UDC, Christoph Blocher a attaqué Pierre-Yves Maillard sur l’aide que l’Etat de Vaud vient d’apporter à l’entreprise Bobst pour la formation des apprentis. Il se serait bien défendu. Mais toute la sympathie que l’UDC peut avoir pour lui ne servira à rien au ministre vaudois si ce parti décide d’attaquer mercredi le siège socialiste.