«Cette initiative se heurte à deux obstacles majeurs. En premier lieu les bilatérales. C'est un véritable succès au niveau économique. Les négociations ont permis à la Suisse d'obtenir des prestations qui équivalent pratiquement à celles que l'on pourrait attendre de l'adhésion. Si bien que beaucoup de gens estiment qu'il n'est pas nécessaire d'entrer dans l'Europe puisque nous en avons les avantages sans les inconvénients. Ensuite, le moment est vraiment mal choisi. Les bilatérales n'étant pas encore ratifiées, de nombreux pro-européens préfèrent attendre, même s'ils sont pour une adhésion à terme.

» Pour ma part, je serais plus jusqu'au-boutiste. Puisqu'une majorité de la population veut l'adhésion, même à terme, puisque c'est le but stratégique du Conseil fédéral, j'aurais tendance à dire toute de suite oui à l'Europe, et je voterai dans ce sens le 4 mars. Pour moi, il ne s'agit pas seulement d'adhérer à un système existant qui m'impose ses propres règles, mais aussi de le façonner, c'est une question d'engagement. La Suisse a beaucoup à apporter à la construction européenne, elle a l'expérience de la démocratie directe et du fédéralisme. Si nous voulons une Europe qui nous ressemble, nous devons élever la voix pour influencer les autres pays, notamment au sujet du fédéralisme puisque nous avons un modèle qui marche. Il y aura bien sûr tout un travail à faire dans les coulisses, et notre influence dépendra de la qualité de nos représentants.

» Je m'étonne des réticences soulevées par les délais de l'initiative. Dans le cas improbable d'un oui, il y aurait au moins trois ans d'attente. Le gouvernement semble dire que le peuple ne sera pas prêt. Prêt à quoi, à adapter les lois? C'est déjà le cas dans les grandes lignes. A voir augmenter la TVA? Est-ce que ce sera plus acceptable dans quelques années? Je n'ai pas l'impression que le temps change quoi que ce soit à ces données.

» Il y a des élans qui ne s'expliquent pas. Nous sommes au milieu de l'Europe, c'est une réalité géographique, nous ne pouvons pas ne pas en faire partie. Je ne vois pas ce qu'on gagne à attendre, les pays de l'Est seront européens avant nous. Cette lenteur accentue, d'une manière générale, le clivage entre jeunes et vieux. La nouvelle génération se désintéresse de la politique en raison même de cette lenteur dans les décisions et l'exécution de projets qui n'est plus du tout en phase avec le monde économique.»