Si l'emblème de l'UDC est désormais le bouc, à Bex, l'animal fétiche, qui parade sur les armoiries communales, c'est le bélier. Dans la ville, sur des affiches, un bélier blanc et un bélier noir, avec ce slogan: «Pas d'exclusion». La vaste opération anti-drogue menée jeudi soir par la police cantonale, qui a abouti à l'arrestation d'une vingtaine de personnes (lire ci-dessous) est intervenue dans un contexte politique particulier.

Initiative UDC

Le 26 novembre, les Bellerins devront se prononcer sur une initiative lancée par l'UDC locale exigeant le rachat et la réaffectation par la commune du bâtiment abritant le centre Fareas. A côté des deux béliers, une autre affiche: «Non aux abus», suivie d'une série de «oui»: «Oui à l'arrêt du trafic de drogue», «Oui à la fermeture de la Fareas».

Ces dernières années, de nombreux incidents ont mis en cause les requérants du centre Fareas situé en plein village, la population accusant largement les Africains de dealer sur le trottoir, dans les bistrots, dans la cour des écoles. Le syndic, Michel Flückiger, se disait hier «conforté dans ce que j'ai toujours affirmé, à savoir que malgré toutes les mesures policières prises ces derniers mois, le trafic de drogue à Bex n'avait jamais diminué».

Moins de requérants?

Michel Flückiger pense aujourd'hui que le coup de filet de la police «va apporter de l'eau au moulin de l'initiative, qui pourtant ne résoudra rien. L'Etat de Vaud n'est pas vendeur, ou en tout cas exige un prix exorbitant, hors de portée des finances communales».

Plutôt que le rachat et la réaffectation du bâtiment, le syndic plaide pour une diminution drastique du nombre de requérants: «Nous serions d'accord, par solidarité et par humanité, d'accueillir une trentaine de requérants, pas plus. L'affaire n'a rien de politique, il s'agit juste d'un problème de gestion d'une population.»

Président du Groupe bellerin d'appui aux requérants d'asile (GAR), Alberto Cherubini avoue «ne pas comprendre le chiffre du syndic. Accueillir des requérants, cela nécessite toute une organisation, des infrastructures. On ne peut pas saupoudrer comme cela les requérants à travers tout le canton.»

La Fareas montrée du doigt

Directeur de la Fareas, Pierre Imhof reconnaît que, «si on répartissait tous les requérants équitablement dans toutes les communes vaudoises, on arriverait à 1% de la population, ce qui pour Bex ferait quand même une cinquantaine». Pour lui, l'opération de jeudi soir a généré à la fois «la déception de voir que des requérants continuaient à s'adonner au trafic» et «la satisfaction de constater que la police pouvait faire son travail».

Reste qu'à Bex, la Fareas est sévèrement montrée du doigt pour avoir laissé le centre se transformer en plaque tournante du trafic, avec des NEM ou des personnes sans relation avec l'asile pouvant y entrer et sortir. Pierre Imhof a toujours expliqué que la Fareas n'avait ni les compétences ni le personnel pour effectuer un travail de police. «Quand on veut mettre un centre pour requérants dans une commune, on s'en donne les moyens, on impose des règles strictes, des heures de rentrée, on effectue des contrôles», rétorque le député UDC bellerin Pierre-Yves Rapaz.

Pierre Imhof rétorque que, «concernant la dernière opération de police, je ne vois pas où est le problème: aucun non-requérant, à notre connaissance, n'a été interpellé à l'intérieur du centre».

Pour Pierre-Yves Rapaz, «une acceptation franche de l'initiative, entre 60 et 70%, démontrera que la population ne veut plus du centre: le Conseil d'Etat et la Fareas seront bien obligés de faire quelque chose». Alberto Cherubini pense, au contraire, que la fermeture du centre serait une décision «injuste. L'asile reste un droit. A Bex, tous les requérants ne sont pas des Africains et tous les Africains ne sont pas des dealers. Il y a aussi des familles, des enfants, on n'a pas le droit de mettre tout le monde dans le même panier.»

Des craintes «exagérées»

Le président du GAR affirme que le sentiment d'insécurité est très exagéré: «Vu de l'extérieur, on croit qu'à Bex on n'ose plus sortir le soir. Non seulement cela est faux, mais cette image fait de la publicité pour le trafic, attire à Bex des acheteurs venus d'un peu partout.»

Tout le monde, certes, ne prend pas l'affaire au tragique: hier la patronne d'un établissement voisin des deux bars fermés suite à l'opération de police et «par ordre du Département de l'économie» racontait à la cantonade avoir reçu le matin même un téléphone de Thaïlande: «C'était Juju qui me demandait si c'était moi qu'on avait fermé et si j'étais déjà en prison.»