Appelé à dessiner l'autonomie que le canton de Berne est prêt à lui accorder, le Jura bernois achoppe sur plusieurs points, en particulier la relation qu'il entretient avec les francophones de Bienne. Le Conseil régional, qui réunit les députés et les préfets bernois de langue française, souhaite maintenir l'actuelle situation équivoque: les élus biennois francophones – même si ce statut ne repose sur aucune légitimité – doivent garder leur place dans le nouveau Conseil régional du Jura bernois.

Consultées, les communes de Bienne et d'Evilard, qui forment le district de Bienne, «s'abstiennent de toute prise de position», selon le courrier qu'elles ont envoyé au Conseil régional, dont elles désavouent implicitement l'option. Les maires Hans Stöckli et Ernst Banzer, soutenus par leurs conseils communaux, affirment qu'«il appartient aux districts et aux communes du Jura bernois de définir les structures qui leur semblent optimales».

Bienne veut davantage qu'un pied vacillant dans un Conseil régional du Jura bernois sans véritable pouvoir. La ville bilingue demande que le canton de Berne lui accorde les mêmes faveurs qu'au Jura bernois, précisant «que les communes et districts du Jura bernois d'une part, et le district de Bienne d'autre part, doivent formuler eux-mêmes leurs besoins et intérêts dans le cadre d'institutions qu'ils auraient définis».

Bienne en a assez d'être tantôt assimilé au Jura bernois, tantôt au Seeland. La cité entend développer une autonomie particulière pour un district bilingue. Cela ne signifie aucunement la rupture des relations entre Bienne et le Jura bernois, au contraire, «elles devraient s'intensifier entre deux partenaires égaux». Les exécutifs de Bienne et Evilard reprennent même une idée de l'Assemblée interjurassienne, souhaitant «la création d'institutions communes au Jura bernois et au district de Bienne». La ville de l'Avenir souhaite par ailleurs profiter des synergies prévues entre le Jura et le Jura bernois dans les domaines culturels ou de l'enseignement par exemple, et réclame un statut d'observateur à l'Assemblée interjurassienne.

Présentée mardi, la position biennoise dans le délicat dossier de l'autonomisation du Jura bernois et de la Question jurassienne est inédite et habile. A tous ceux qui utilisent le risque d'abandon des Romands de Bienne pour contrecarrer tout rapprochement entre les deux Juras, Bienne répond astucieusement qu'elle refuse d'être l'otage d'un débat entre Jurassiens.

La déclaration biennoise met le Conseil régional dans une posture délicate. Son modèle d'autonomie est repoussé par les principales localités de la région: Bienne, Moutier et Saint-Imier notamment. Les députés et préfets ne pourront éviter de remettre l'ouvrage sur le métier et s'inspirer de l'audace préconisée par le groupe Avenir, qui veut un Jura bernois doté de pouvoir et d'un parlement fort, et par Bienne, qui espère, en tant que district bilingue, obtenir un statut spécial et sa part de liberté au sein du canton de Berne.