Les élections, c’est reparti. Ces prochains mois se tiendront des élections communales ou cantonales. Bienne ouvre le bal le 27 septembre. Une première échéance scrutée de près par les états-majors des partis nationaux. «On sent que nous sommes très observés», reconnaît Maurice Rebetez, chef de groupe du Parti socialiste romand (PSR) au parlement biennois. Avec une question: la vague verte va-t-elle se poursuivre? Ou la crise du covid modifiera-t-elle les cartes politiques?

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Ville industrielle, la cité seelandaise est un bastion socialiste. Son exécutif est actuellement composé de deux PS, une verte, une radicale romande et un UDC. Le maire socialiste Erich Fehr et le démocrate du centre Beat Feurer sont assurés d’être réélus. Deux sortants ne se représentent pas: l’écologiste Barbara Schwickert et le socialiste Cédric Némitz.

Poussée verte?

A Bienne, la gauche part unie, contrairement à Lausanne. «J’espère que la vague verte va se poursuivre, mais le plus important, c’est que nous gardions la double majorité», affirme Myriam Roth, vice-présidente du groupe des Verts. Même si elle espère, bien sûr, que son parti sauvera sa place à l’exécutif et gagnera des sièges au Conseil de ville où il ne compte que 8 élus sur 60. Maurice Rebetez considère, lui, que l’ascension écologiste est une bonne chose pour autant qu’elle ne se fasse pas au détriment des socialistes et des Romands en général. D’autant que les Verts sont une formation très alémanique, avec aujourd’hui une seule élue romande au parlement: Myriam Roth.

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Une poussée verte? Le chef de groupe du Parti radical romand (PRR), Pascal Bord, n’y croit pas: «Avec le covid, la crise économique, les pertes d’emplois, la situation a changé. La sécurité financière est devenue prioritaire.»

Les enjeux partisans comptent à Bienne, mais pas seulement. Dans la plus grande ville bilingue du pays, la question de la représentativité des Romands est aussi très émotionnelle. Conserveront-ils leurs deux sièges, l’un à droite, l’autre à gauche, à la municipalité? Rien n’est acquis.

Du côté du PRR, Silvia Steidle brigue un nouveau mandat. Présidente de la Conférence des directeurs et directrices des finances des villes suisses, elle s’est fait connaître, au-delà de sa région, par son opposition à la réforme des entreprises 3 (RIE3). Ses chances de réélection sont bonnes, mais elle est attaquée par les Verts libéraux, qui présentent une Alémanique, Sandra Gurtner-Oesch, l’ancienne secrétaire générale du parti suisse.

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A gauche, le Parti socialiste romand compte sur la conseillère de ville Glenda Gonzalez-Bassi afin de conserver son siège. Maurice Rebetez se veut optimiste: «Pour le garder, on a besoin que les Alémaniques votent aussi pour nous.»

Autre enjeu, le Conseil de ville où il n’y a que 26% de francophones, alors qu’ils sont aujourd’hui 43% à vivre dans la cité seelandaise. Un nombre qui ne cesse d’augmenter. Du côté des radicaux romands, on appelle d’ailleurs «les Romands à voter Romands». Pascal Bord espère ainsi que les francophones, de tous bords politiques, remportent neuf sièges supplémentaires au parlement.

Cette campagne s’est déroulée dans un climat particulier avec le covid. Les stands ont été maintenus, mais la plupart des débats publics ont été annulés. «Ce n’était pas une vraie campagne, les gens ont moins envie d’aller vers les autres. Cela devrait favoriser le statu quo», estime Pascal Bord.

«Romands: réveillez-vous»

Toutefois ce scrutin a pris une tournure inattendue ces dernières semaines. C’est finalement l’élection à la préfecture de Bienne, aussi prévue le 27 septembre, qui déchaîne les passions. Dans le canton de Berne, comme à Fribourg, les préfets sont élus par le peuple et ont de fortes prérogatives, comme on l’a vu dans le dossier explosif de Moutier. Pour ce poste, deux personnes sont en lice, la PLR Romi Stebler et le socialiste Bruno Bianchet. La libérale-radicale maîtrise très mal le français, ce qui a provoqué l’ire de nombreux francophones.

«Romands: réveillez-vous», c’est le titre d’une lettre de lecteur qui a fait beaucoup de bruit. Publiée dans le Journal du Jura, elle a été écrite par l’une des personnalités de la ville, l’ancien préfet Philippe Garbani.

Le socialiste considère «qu’il est extrêmement préoccupant que certains osent faire comme si le bilinguisme du préfet n’était pas si important que cela. Le préfet doit être absolument bilingue, capable de dialoguer en allemand ou en français avec ses administrés, qui sont rarement des universitaires à qui on peut parler anglais au lieu de français!» Pour Philippe Garbani: «Le bilinguisme biennois est carrément en danger.»

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Du côté des radicaux romands, on soutient Romi Stebler. Pascal Bord met en avant l’importance d’avoir une femme et une juriste pour occuper une telle fonction. «La langue, on peut toujours l’apprendre, mais pas le droit administratif, dont elle est une spécialiste.» Il rappelle que le socialiste est aussi Alémanique et qu’il n’est pas juriste.

La Verte Myriam Roth espère que cette course à la préfecture mobilise les Romands ce qui aurait, selon elle des conséquences positives sur les élections communales.