C'est une constante: chaque fois que les CFF programment la transformation d'une gare, une cohorte d'habitants de la ville concernée se lève pour exiger la sauvegarde du buffet. Ce fut le cas à Yverdon, Neuchâtel ou Fribourg. C'est le sujet d'actualité à Bienne, avec une mobilisation «étonnante», selon le leader de la fronde, Hervé Treu, 75 ans, enseignant à la retraite.

Jeudi, une pétition comprenant 8079 paraphes recueillis en deux semaines a été transmise à la direction des CFF et au préfet. Elle rejette le projet de transformation de la vétuste gare biennoise, devisé à 27 millions. Le programme de modernisation doit démarrer à la fin de l'année. Le Buffet de la gare, qui date de 1923, n'y survivra pas.

Un «lieu de vie»

«C'est un lieu de vie et de rencontre», clame Hervé Treu. «Je m'y arrête tous les jours ou presque», renchérit Monika Barth, députée socialiste et écrivaine. «Pour le café ou pour l'apéro. Pour y dialoguer et y écrire, ajoute-t-elle. Le buffet est l'un des derniers endroits à Bienne où toutes les couches de la population peuvent s'arrêter. Les ouvriers, les politiciens, les artistes. On peut aussi y manger à bas prix, du matin au soir. La soupe à 4 francs, les rösti à 12. C'est réellement l'âme de la ville. Sans distinction de classe et de langue.»

Monika Barth refuserait-elle de vivre avec son temps? «Ce n'est pas être nostalgique que de défendre un endroit socioculturel ouvert à tous», rétorque-t-elle.

Et pourquoi la gare, une fois remise à neuf, où il est prévu d'aménager un autre restaurant, à l'aile ouest, certes plus petit, ne resterait-elle pas ce lieu de rencontre? «Les CFF veulent en faire un lieu de mercantilisation, un fast-food où on ne fait que passer», dénonce Hervé Treu.

Autre source de la grogne: la perte de ce que les pétitionnaires estiment être un objet architectural digne d'intérêt, la salle du restaurant de 1re classe (le buffet 2e classe a été fermé il y a six ans), de style Art déco. «Patrimoine Suisse s'oppose aussi à la transformation», insiste Monika Barth, qui refuse de voir les tables et le comptoir céder la place à des guichets, comme le prévoit le plan des CFF. «Et ils veulent mettre un escalator à la place du bel escalier actuel, qui mène à la salle de la Poissonnière au premier étage», dit encore la députée.

«Il faut remettre la gare au goût du jour, afin qu'elle réponde aux besoins d'une majorité d'utilisateurs», rétorque le porte-parole des CFF, Jean-Louis Scherz. L'époque n'est plus aux flâneries, mais aux passages rapides dans les gares. Tout au plus s'y arrête-t-on pour manger sur le pouce ou pour s'approvisionner dans un commerce. A Bienne comme ailleurs, les CFF entendent installer une galerie marchande dans la gare. «Il faut offrir des prestations utiles aux 35000 à 40000 personnes qui transitent chaque jour par la gare biennoise», explique encore Jean-Louis Scherz.