Le canton de Fribourg tient à garder son titre de champion romand des fusions de communes. Les sept préfets du canton imaginent déjà le nombre chuter de 165 aujourd’hui à 37, ou 63 dans le scénario le moins optimiste, d’ici quelques années. Obligés par la loi, ils ont présenté lundi leurs plans de fusions des communes dans leurs districts respectifs. Ils les ont soumis au Conseil d’Etat.

Le gouvernement a toujours espéré atteindre un chiffre de 100. Son but: renforcer les processus démocratiques, faciliter la recherche d’élus, améliorer la gestion du territoire, optimiser les services communaux de base, etc.

Les cartes dessinées par les préfets sont en réalité une simple proposition, un matériau de travail pour convaincre villes et villages de se marier. «Ni la Constitution, ni la loi n’oblige une commune à fusionner», avoue Daniel Lehmann, préfet libéral-radical du district du Lac. Pour le démocrate-chrétien Willy Schorderet, à la tête de la Glâne, «l’autonomie des communes est préservée à 100%. Mais nos propositions les obligent à se poser des questions.»

Une carotte de 200 francs

Les sept magistrats régionaux sont optimistes: la Sarine passerait de 36 à 18, voire 5 communes; la Broye de 30 à 5; la Gruyère de 26 à 7 ou 8, etc. Cette cure d’amaigrissement n’est pas nouvelle. Fribourg a déjà vu baisser le nombre de ses communes de 242 à 165 depuis l’an 2000. Acceptée par la population l’an dernier, la loi octroie 200 francs par habitant en cas de projet de fusion.

Un point délicat sera la Ville de Fribourg et son agglomération. Entre rivalités politiques et enjeux financiers, plusieurs communes voisines de la capitale cantonale ne veulent pas se fiancer. Un projet prévoyait que la ville se marie avec 5 localités vers 2016 et 3 villages ont annoncé en 2010 qu’ils s’uniraient de leur côté avec une quatrième commune.

L’une des possibilités est de marier les 10 communes de «L’Agglo», étage institutionnel entre les communes et le canton. Le préfet socialiste de la Sarine, Carl-Alex Ridoré, n’y croit pas: «Cela entraînerait un déséquilibre, avec une ville de 70 000 habitants, entourée de petites localités de 8000 citoyens.» Son idée regroupe 6 communes, pour un total d’environ 60 000 personnes. Quatre grandes localités, issues d’autres fusions, les entoureraient.

Autre région importante: la Gruyère. Comme ailleurs, l’enjeu depuis plusieurs années est de faire collaborer les communes pour améliorer l’aménagement du territoire et éviter que chacune ne se construise de façon dispersée. «Dans la région, la géographie est un point important pour penser aux fusions», souligne le préfet indépendant Patrice Borcard. Impossible en effet de marier des vallées qui n’ont aucune attache. «De plus, la carotte des 200 francs par habitant n’a pas été attractive.»