Conseil fédéral

Bienvenue à l'«Adolf Ogi welsche»

Certains collègues alémaniques de Guy Parmelin auraient préféré Thomas Aeschi. Mais tous saluent l'opportunité que l'élection du Vaudois offre au parti de se profiler en Suisse romande

Guy Parmelin sera-t-il l'«Adolf Ogi welsche»? «Il en a le potentiel», affirme le conseiller national Peter Keller (UDC/NW), chroniqueur à la Weltwoche et auteur de cette formule comparative. Auprès des UDC alémaniques, le nouveau conseiller fédéral a une image qui est en effet très proche de celle qu'avait naguère le ministre de Kandersteg: sympathique, ouvert, jovial, «bon type». «Mais il fait moins de coquetteries qu'Adolf Ogi», tempère Peter Keller. «C'est un caractère super», confie, en français fédéral de circonstance, un de ses collègues. «Il est populaire en dehors de son parti, contrairement à Ueli Maurer, plus renfermé et plus méfiant», ajoute un autre.

Peter Keller se plaît à raconter cette anecdote révélatrice de la sympathie qu'inspire Guy Parmelin et de son dévouement. «Le club de jodel dont je suis membre a décidé un jour de franchir le Roestigraben. Je lui en ai parlé et il a tout organisé. Il nous a emmenés dans un restaurant dont la spécialité est le malakoff, fait visiter les caves Schenk avant de nous emmener au château de Vinzel pour l'apéritif. Mes amis ont été impressionnés», raconte-t-il.

Les commentaires positifs se multiplient lorsqu'on interroge les UDC d'outre-Sarine. Ils ne portent pas uniquement sur son côté bon vivant et sa simplicité, mais aussi sur son travail politique à la tête de la Commission de sécurité sociale et de santé publique (CSSS). Son ami vaudois Jean-Pierre Grin confirme: «Au sein du parti, tout le monde salue sa parfaite maîtrise des dossiers qui concernent les assurances, les caisses de pension, le taux de conversion. Il va manquer à la CSSS», témoigne-t-il.

«Le plus moyen des candidats»

On trouve néanmoins quelques avis plus critiques. Dans la Weltwoche de jeudi, on le qualifie de «caméléon» susceptible de s'adapter facilement à son environnement, de «quelqu'un qui cherche toujours l'harmonie avec tous ses collègues». «Il a été considéré comme le favori parce qu'il est le plus moyen des candidats», écrit son rédacteur en chef et conseiller national, Roger Köppel.

C'est parce qu'il est moins profilé, moins systématiquement aligné sur les positions de la direction blochériennes du parti - dans des interviews, il a dit les partager «à 95%» - que son soutien était plus faible que celui de Thomas Aeschi parmi les membres alémaniques du groupe parlementaire, les paysans exceptés.

«C'est clair, nous aurions préféré Thomas Aeschi, plus moderne, plus urbain», confie l'un d'eux. Les visages des députés zurichois à l'annonce des résultats en disent long à ce sujet: ils ont senti que le piège se refermait sur Thomas Aeschi et, par effet de ricochet, sur leur stratégie. «Dans le camp Blocher, on a été déçus de la tournure des événements», confirme-t-il.

Aucun «gossip»

«Nous aurions pu éviter cela en misant plutôt sur Heinz Brand que sur Thomas Aeschi. Heinz Brand aurait rendu l'élection de Guy Parmelin plus difficile. En déplaçant le projecteur de Heinz Brand vers Thomas Aeschi, la direction du parti a doublé les chances d'élection du Vaudois, car la gauche a peur de ce jeune loup financier brillant et rapide. Guy Parmelin écoute davantage et réfléchit avant de parler. Il veut être sûr de la justesse d'un argument avant de le lancer», observe un membre important du groupe parlementaire.

Dès le moment où il a été décidé qu'il y aurait un candidat de chaque région linguistique, le Vaudois s'est rapidement imposé face à Oskar Freysinger, jugé plus imprévisible et moins facilement maîtrisable. «Guy Parmelin a ceci ce rare que je n'ai jamais entendu quiconque dire du mal de lui, aucun «gossip», aucune rumeur», renchérit un autre. «C'est sans doute parce qu'ils pensent qu'il est plus facile à influencer que les représentants de la gauche ont voté massivement pour lui», poursuit-il. 

Tous sont cependant unanimes sur un point: l'élection de Guy Parmelin permet à l'UDC de faire parler d'elle en Suisse romande et d'y renforcer son assise, tant son conseiller fédéral est jovial et sympathique. «Bien sûr, Thomas Aeschi était le favori, mais celui qui a été élu est quand même capable», note encore un membre du groupe.

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